27 déc. 2020

Yakuza : Like a Dragon - Le réveil du Phoenix

Considérée comme une déclinaison spirituelle de Shenmue, la série Yakuza s’est imposée grâce à ses quartiers japonais – Kamurocho en tête – plus vrais que nature, ses personnages charismatiques et ses thématiques mêlant action, amour et humour. Dirigée par Toshihiro Nagoshi, figure historique de SEGA, la franchise s’est parfois permise des incartades temporelles en s’intéressant notamment à l’ère d’Edo (Kenzan, Ishin) ou en se muant en une espèce de survival-horror (Dead Souls). Pourtant, malgré tous les spin-off sortis jusqu’à maintenant, quelques voix commençaient à s’élever pour demander un renouvellement de la formule. L’équipe de développement a pris le problème à bras le corps et risque d’en surprendre plus d’un avec Yakuza : Like a Dragon. Déstabilisant et enivrant ! À condition de se laisser happer par ses combats… au tour par tour. 


L’histoire du très apprécié Kiryu Kazuma – Le Dragon de Dojima – étant bouclée, SEGA repart à zéro ou presque. Ce septième épisode canonique marque ainsi les débuts d’Ichiban Kasuga, un bleu de la famille Arakawa appartenant au clan Tojo, une puissante organisation mafieuse de Tokyo. Gauche et excentrique, le gamin voue un véritable culte au patriarche, Masumi Arakawa (campé par l’acteur japonais Kiichi Nakai), qui l’a tiré d’une mort certaine alors qu’il n’était qu’adolescent. De par son statut du « bas de l’échelle », Ichiban n’a pas la stature d’un capitaine et ne fait qu’effectuer des tâches subalternes comme, par exemple, des perceptions auprès des mauvais payeurs. Loyal et avec le cœur sur la main, le garçon est attachant et son rang du bas de l’échelle marque une rupture avec les derniers épisodes de la licence. Après une petite phase « préparatoire », l’histoire prend un tournant lorsque Arakawa, son mentor, se retrouve dans une mauvaise posture. Lui devant la vie, Ichiban accepte de plaider coupable pour un crime qu’il n’a pas commis et se retrouve pendant dix-huit années derrière les barreaux. De l’année 2001, le joueur est propulsé en 2019 (avec un passage assez amusant lorsque le personnage découvre le phénomène des smartphones et des selfies) et découvre que tout, absolument tout, a changé. Alors qu’il vient de passer près d’une vingtaine d’années à l’ombre, Ichiban est seul, rejeté par ses pairs et apprend que son patriarche tant aimé a pris une décision insensée. Le début d’un scénario spectaculaire, passionnant et surprenant.


L’honneur des hommes 


Sans dévier de la trajectoire tracée par les jeux Yakuza, Like a Dragon distille un ton plus léger mais tout aussi percutant que ses prédécesseurs. S’inspirant des codes de la mafia et des films de gangster, il exploite des protagonistes au caractère fort et joue avec les émotions. Sans révéler les moments fondateurs de l’intrigue, ce brave Ichiban va en voir des vertes et des pas mûrs et redémarrer une nouvelle vie avec les difficultés que cela représente. Ce qui marque, au-delà des individus complètement barrés, ce sont les situations qui laissent esquisser de larges sourires, notamment lorsque le héros fait référence à Dragon Quest (les combats prennent alors un air de RPG à l’ancienne) ou lorsque celui-ci enfourche une bicyclette pour ramasser des canettes dans la rue. La force de Yakuza : Like a Dragon, c’est de manier avec élégance des moments très sérieux à des évènements totalement déjantés. Entre deux missions, il est d’ailleurs toujours possible de flâner pour se taper un bon repas, prendre du bon temps, faire du kart, du golf, du karaoké ou se délecter de nombreux jeux d’arcade. Difficile d’ailleurs de se plaindre quand la sélection réunit Virtua Fighter 2, Virtua Fighter 5 Final Showdown, Space Harrier, Out Run, Fantasy Zone, Super Hang-On… et autres UFO Catchers. Il est même possible de pratiquer des jeux de carte ou des divertissements japonais/chinois ancestraux comme le Shogi ou le Mahjong. De quoi s’éclater avec des jeux dans le jeu ! Quant aux combats, ils vont probablement diviser.  


Le choix fatidique 


SEGA a fait le choix du combat au tour par tour. Au départ, il faut avouer que c’est vraiment déstabilisant car on ne peut plus se déplacer en temps réel pour choper les ennemis et leur coller une bonne rouste en s’aidant des éléments du décor (on peut toujours mais c’est plus compliqué). Là, tout le monde tape à tour de rôle avec un système qui fleure bon la stratégie. Il est possible de déclencher des actions automatiques mais ne plus avoir le contrôle lors des affrontements risque de vous faire sortir de l’ambiance. D’autant que les animations sont très dynamiques avec un impact bien présent et un rythme soutenu. Le jeu apprend en douceur à manier la « roue » des actions, comme le fait de parer au bon moment pour contre-attaquer ensuite. RPG oblige, les développeurs se sont appuyés sur des poncifs bien connus comme les objets de soin, de vitesse ou encore de puissance. Chaque personnage dispose également de coups surpuissants qui vont grignoter une jauge. On est donc en terrain connu mais quelques subtilités sont toutefois présentes. Ainsi, il est possible – à partir d’un certain moment de l’aventure – de faire appel à des Acolytes (de gros balèzes) qui viennent vous filer un coup de main et qui font office d’invocations. C’est complètement barré mais drôle. Et évidemment, les actions valent leur pesant de cacahuètes comme Nanba, le SDF qui utilise des pigeons pour porter certains coups. On vous laisse aussi découvrir les poses charnelles de l’hôtesse Saeko. C’est donc au gré de l’expérience que vous allez rencontrer des opposants de plus en plus résistants et il vous faudra faire quelques tours dans les menus pour booster les axes d’amélioration (style, passion, charisme…) de votre héros. On s’y fait assez vite même si ça ne plaira pas à tout le monde. Reste que ce côté innovant aurait pu être mis en avant sur le plan visuel. Et ce n’est pas vraiment le cas…  


Un moteur qui s’essouffle 


Il y a quelques temps, on a vu passer un certain Judgment sur PlayStation 4 et celui-ci avait, dans ses lumières et ses effets, quelque chose à part. Yakuza : Like a Dragon paraît moins spectaculaire et on sent que le moteur 3D de 2015, le Dragon Engine, arrive en bout de cycle. Ce n’est certainement pas moche mais certaines textures sont franchement fades et les graphismes sont inégaux. Indéniablement, le jeu est plus beau lorsque le soleil vient à se coucher et que Kamurocho s’illumine de mille feux. Les environnements sont en tout cas suffisamment détaillés pour ne pas trancher avec des personnages toujours superbement modélisés. Le jeu de SEGA souffle incontestablement le chaud et le froid (murs invisibles…) selon les moments mais il a le mérite de proposer plusieurs modes d’affichage, soit en 30 fps avec une résolution en 4K, soit en 60 fps avec une résolution moindre. À vous de voir ce que vous préférez mais il faut avouer que l’animation en 60 images par seconde est un confort non négligeable. Quoiqu’il en soit, le voyage vaut le détour pour son dépaysement (Kamurocho, Yokohama…) et il serait dommage de passer à coté à cause d’une technique perfectible.


VERDICT : TRÈS BON 


Pas facile de passer après Kazuma Kiryu mais Ichiban est un protagoniste qui en a sous le coude. Yakuza : Like a Dragon est, mine de rien, un sacré pari pour SEGA. Le choix du combat au tour par tour aurait pu être dévastateur mais les développeurs ont trouvé une formule intéressante sans renier le lore de la série Yakuza. Inégal sur le plan technique et visuel, le jeu se démarque par son dépaysement total et ses situations aussi burlesques que géniales. Rempli d’activités et de quêtes annexes, l’aventure – qui propose les excellents doublages japonais – offre un univers qui n’a aucun équivalent. Et rien que pour ça, il vaut le détour. Déstabilisant au départ, il se veut fédérateur et passionnant. 

Points forts : 

D’une richesse considérable
Les jeux d’arcade et activités annexes
Ichiban est génial
Doublages japonais et musiques au top
Un scénario puissant
Entre sérieux et burlesque 

Points faibles :
 
Visuel moins impressionnant que Judgment
Technique inégale
Mise en scène un peu fadasse
Dialogues parfois inutilement longs
Le tour par tour ne plaira pas à tout le monde 

Éditeur : SEGA – Développeur : SEGA – Genre : Jeu de rôle – Date de sortie : 10 novembre 2020 – Plateformes : PS4, PS5, Xbox (One, S, X), PC

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