18 oct. 2013

Archives IG Mag #4 : SEGA en quête de l'occident

Au milieu des années 80, Nintendo domine quasiment la totalité du marché des consoles. Bien que sorti tardivement sur les sols américains et japonais, la NES (modèle occidental de la Famicom) a rapidement pris ses marques auprès des joueurs, devenant le cadeau le plus désiré par les enfants nippons. Sur l'archipel, alors que naît une véritable culture "Famicom", la concurrence essaye à son tour de grignoter une part de ce marché grandissant. Le géant de l'arcade, SEGA, tente sa chance avec la SG-1000 (aussi appelée Mark I) et la SG-1000 II (logiquement appelée Mark II) mais le succès de ces machines, calquées sur les caractéristiques du MSX, est restreint. La SG-1000 est un dérivé d'un micro-ordinateur se connectant à la télévision - le SC-3000 (pour Sega Computer) - mais rien n'y fait. Bien que le second modèle permette de brancher un clavier en façade, les jeunes nippons (mais pas uniquement) ne jurent que par la Famicom. SEGA ose alors un coup de poker et lance la Sega Mark III... a.k.a Master System en Europe.

La Sega Mark III, avec son module FM et ses deux ports manette, arrive au Japon au mois d'octobre 1985. Grâce à sa rétrocompatibilité avec les cartouches des anciens modèles de SG-1000, la console parvient à se faire quelques fans mais le succès est à des années-lumière de celui de Nintendo. Selon David Rosen, le créateur de la société Service Games (qui deviendra SEGA), le pari était difficilement réalisable, surtout en arrivant deux années après la Famicom, avec une technologie proche, bien que plus puissante. En effet, techniquement, la Mark III fonctionne avec un processeur Zilog Z-80 et embarque près de deux fois plus de mémoire que la Famicom/NES. 

Conscient du challenge à relever, Hayao Nakayama, le boss de SEGA, décide de se mettre à la recherche de partenaires pour envahir les marchés européens et américains. Pour l'occasion, la Mark III change de look et prend le nom Master System (dont le nom de code n'est autre que Mark IV). Dans l'optique de suivre Nintendo dans son ouverture au marché US, la firme de Haneda choisit à son tour de lancer sa propre division américaine : Sega's Consumer Products Division, dirigée par deux hommes : Bob Harris et Bruce Lowry. Au bout d'efforts monstrueux, ils parviennent à mettre un stand d'envergure au CES (Consumer Electronic Show) de Chicago durant l'été 1986. L'impact doit être visuel et sonore dans la mesure où SEGA ne représente absolument rien aux Etats-Unis. Personne n'en a entendu parler.

En Europe, les choses sont légèrement différentes mais c'est pourtant ce fameux CES qui va tout débloquer. Martin Alper, l'un des créateurs de la firme britannique Mastertronic, chargée de la diffusion de jeux vidéo à petits budgets, découvre la NES et la Master System. Dans un premier temps, il entre en contact avec Minoru Arakawa, boss de Nintendo of America, dans le but de distribuer la NES sur le vieux continent. Très vite, il se heurte à un refus, Nintendo ayant déjà prévu de travailler à ce sujet avec Mattel et Bandai. Dans l'obligation, il se retourne alors vers SEGA (qui détient 1 petit pourcent du marché des consoles). Mais pour convaincre le géant de l'arcade, les anglais ont besoin d'arguments : la holding Virgin est rattachée à Mastertronic, prenant 50% du capital de l'entreprise et le nom est modifié en Virgin Mastertronic. 

Avec un poids désormais bien plus important, Martin Alper et son acolyte Franck Herman (R.I.P 2009) savent qu'ils ont désormais tous les atouts pour distribuer les produits SEGA en Europe, à commencer par l'Angleterre, puis la France, deux marchés considérables pour le futur de la Master System. En quelques mois, grâce notamment au support des jeux de sports d'Electronic Arts (l'une des grosses tares de la NES), de nombreuses quantités de Master System sont écoulées sur les sols français (avec Virgin France) et britanniques. A la fin de l'année 88, 40 000 pièces de Master System ont trouvé preneurs en France pour près de cinquante millions de francs. L'Europe, quant à elle, compte alors 500 000 Master System. De cette manière, la console de SEGA fait presque jeu égal avec Nintendo et sa NES (distribuée en Europe par Bandai), bien que les chiffres mondiaux soient largement en faveur de la boite de Hiroshi Yamauchi et que la machine blanche va vite prendre son envol (327 000 pièces vendues en 1990 contre... 140 000 Master System). Malgré cela, la Master System (et son modèle suivant) ont écrit une belle page de l'histoire de SEGA en Europe, ce qui est loin d'être le cas aux Etats-Unis où SEGA vend les droits de distribution de la machine à Tonka dès l'année 88.

Bien qu'elle soit sortie officiellement au mois de septembre 1987, c'est durant l'été de la même année que sont vendues les premières machines. Dans sa belle robe noire et son design futuriste rappelant la Sega Mark III, la Master System dispose d'atouts considérables. Plus puissante qu'une NES, elle permet d'afficher des graphismes plus détaillés, grâce à une vitesse de processeur quasi doublée, une palette de couleurs enrichie et une taille de sprite plus importante (32X32 contre 8X16). Techniquement, la différence est présente, mais on sait depuis longtemps que cela ne suffit pas. A l'époque, la Master System impressionne face à la NES. En matière de design, SEGA est ambitieux et révèle une console étonnante. Pour s'en convaincre, il faut s'imaginer que celle-ci dispose d'un port de cartes (un autre format existant en plus des cartouches), des boutons Power, Reset et Pause... mais également d'un schéma très futuriste indiquant de quelle manière la console communique avec la télévision. Amusant ! Armée de deux ports manette, elle est fin prête à entrer dans la bataille face à la NES. A noter que la console en elle-même est nommée Power Base et que l'ensemble Master System représente en fait la Power Base, la manette (ou les deux) et la télévision. 

Durant plusieurs années, la Master System tient tête à la NES (notamment dans les cours d'école où les guéguerres sont légions, certains n'hésitant pas à user d'arguments abusés, comme la différence de détails entre les jaquettes) et pour cette raison qu'elle a tant marqué nos esprits. Même les joueurs qui ne l'avaient pas ont pu la découvrir chez un copain, ou quelqu'un de sa famille (l'inverse est aussi vrai pour la NES). En 1990, alors que la Mega Drive trouve petit à petit son rythme de croisière, SEGA rachète les droits de la Master System à Tonka au pays de l'Oncle Sam et revisite (un verbe à la mode, à l'heure de Top Chef) le design de sa console 8 bits qui devient alors la Master System II. Toujours noire, la machine épouse un look beaucoup plus moderne, avec des courbes délicates et un clapet du plus bel effet qui vient protéger le port cartouche. Les composants désormais moins chers à produire, SEGA en profite pour faire un maximum d'économie en supprimant le bouton Reset, la led verte de fonctionnement et les ports carte et extension. Même l'écran de démarrage est modifié. Qu'on se le dise, c'est surtout avec la Master System II que beaucoup de joueurs ont découvert les jeux vidéo façon SEGA. Il faut dire que la firme de Haneda n'a jamais été avare en matière de pack, proposant plusieurs offres. L'une des plus marquantes est celle regroupant la Master System II avec la ROM d'Alex Kidd intégrée à la console. Toute une histoire !

Découvrez la suite dans IG Mag #20

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