4 juin 2013

Test - Remember Me - 360/PS3/PC


Éditeur : Capcom
Développeur : DONTDOD Entertainment
Date de sortie : 7 juin 2013

Ne s'encombrant pas de fioriture, la production du studio français Dontnod rappelle le côté épuré d'un certain Mirror's Edge. Pour toutes celles et ceux qui ont pu se passer des informations relatives au jeu, apprêtez-vous à prendre une claque artistique. Remember Me est un titre à l'ambition rare qui, s'il n'est pas exempt de défaut, laissera une marque indélébile sur cette génération de consoles. Outre le personnage principal qui ramène au charisme de Faith, on devine assez rapidement les différentes influences des créateurs, oscillant entre Assassin's Creed, Deus Ex, Prince of Persia et une myriade de films. En se basant sur le concept de la mémoire, les programmeurs frenchies ont tapé très fort, même si l'aventure en elle-même s'avère plutôt dirigiste. Et c'est justement ce que nous allons vous expliquer...

Au-delà de notre enveloppe charnelle, ce qui nous définit en tant que personne, c'est avant tout notre mémoire. Le cerveau est d'une complexité rare et il est loin d'avoir livré tous ses secrets. Au fil de notre vie, on façonne notre propre histoire, avec des événements présents et futurs qui vont devenir notre passé. Les rencontres, les bons comme les mauvais souvenirs, les différents apprentissages de la vie, notre savoir-faire mais aussi notre savoir-être défini par une éducation construite depuis l'enfance... tous ces éléments mémoriels font de nous ce que nous sommes. Il est donc tout à fait compréhensible que les personnes à qui on a volé une part du passé tentent le tout pour le tout pour reconstituer les pièces du puzzle. Mais dans l'optique d'un effacement total de la mémoire, que se passerait-il ? C'est à partir de ce constat que la base de Remember Me a été imaginée.



S'évader de la déraison

Pas de cinématique d'introduction, pas de menus complexes... on rentre dans le vif du sujet immédiatement après avoir choisi son niveau de difficulté : Pirate en Herbe, Agent Erroriste (et pas Terroriste, il ne manque pas de T) et Chasseurs de Souvenirs. Le jeu débute par des témoignages de citoyens qui révèlent l'importance du SenSen, mais à ce moment précis, on ignore tout de ce dont ils parlent. 2084, un cri de douleur, des souvenirs qui s'effacent par centaine... Nilin vient de perdre toute sa mémoire. Mais ce qui le don d'énerver l'individu qui est censé la diagnostiquer, c'est que la belle se souvienne de son nom...  On assiste impuissant à ce douloureux réveil, avant de participer à un tutorial bien amené. Un long corridor, de ce qui semble s'apparenter à un laboratoire, se dresse en face de nous. La mise en scène cinématographique avec les crédits qui défilent petit à petit met directement dans l'ambiance. Tout en suivant la ligne orange, on écoute et on regarde autour de soi. Dans une cabine, une femme semble être aussi perdue qu'un poisson rouge dans son bocal. La musique d'Olivier Derivière fait mouche dès les premières notes et immerge dans une ambiance unique. Alors que la mémoire de Nilin s'apprête à être totalement annihilée, un homme, Edge, entre en contact avec la demoiselle... et guide alors son évasion. L'histoire ne fait que commencer... 

Tableau entaché d'encre

Après une course-poursuite avec un garde robotisé, Nilin parvient à se faire la malle grâce à l'un des cercueils (j'avoue, en relisant cette phrase...) qui sortent du laboratoire pour s'échouer sur les rives de Neo-Paris, la place centrale de notre aventure. On croit alors s'en être plus ou moins sorti, mais on découvre vite que les choses ne sont pas aussi simples qu'elles pourraient l'être. Le futur dépeint dans Remember Me possède pas moins de trois visages. La capitale et ses habitants sont devenus le jouet d'une société qui règne en maître sur les hommes, femmes et enfants : Memorize. Celle-ci vante les mérites de ses bienfaits. Dans ce Neo-Paris de 2084, les beaux quartiers comme Saint-Michel sont imbibés d'une population qui s'aveugle de la situation réelle. Les souvenirs peuvent être achetés comme on retire de l'argent et les androïdes sont à la solde d'individus égoïstes. Cet étalement de richesse n'est qu'une façade visant à cacher une réalité bien moins réjouissante. Les bas-fonds, souterrains et autres métros désaffectés de la ville forment désormais le Slum 404, devenu le repaire d'êtres qui n'ont pas résistés à l'effacement de leur mémoire. Ces entités (les Leapers, sorte de zombies des ténèbres), physiquement déformées, errent dans cette zone et sont très dangereux. Au milieu de tout ce "joli" comité, une rébellion s'est mise en place pour lutter contre le joug de Memorize. On les appelle les Erroristes. Tout ce petit monde possède un SenSen, sorte de prise directement reliée au cerveau. C'est ce fameux SenSen que Memorize exploite jusqu'à la moel.... enfin, la cervelle. 

Nilin

Ancienne membre des Erroristes, Nilin fait rapidement la rencontre avec ces Leapers. Ce sont même ces derniers qui la font sortir du cercueil... mais on comprend vite leurs intentions quand le mot "viande" sort de leur bouche. L'occasion pour le joueur de faire connaissance avec le système de combos mis en place dans Remember Me. Via le Combo Lab, un menu auquel on accède via la touche Back (sur 360), on peut modeler les combinaisons de coups à notre propre guise. Au fil de l'aventure, on débloque ainsi de nouvelles capacités et des enchaînements de plus en plus longs. Le premier combat contre les Leapers révèlent d'ailleurs leur incroyable résistance, ils peuvent encaisser un grand nombre de baffes sans broncher ou presque. D'où l'importance des combos... Le principe est efficace mais aurait mérité d'être mieux expliqué. Heureusement, on s'y fait vite... 

Souvenez-vous de moi

Remember Me est un jeu à la troisième personne, offrant des indications visuelles (dictées par le SenSen) du chemin à suivre. Celui-ci s'avère très linéaire, mais il est rythmé par des phases de grimpette digne des Prince of Persia made in Ubisoft, donnant lieu à des plans de caméras ambitieux. La focale, dans l'ensemble, ne s'en sort pas mal mais s'avère parfois chaotique en plein combat. En effet, les affrontements sont légions durant l'aventure, car les Leapers ne sont pas les seuls ennemis que vous croisez. Les forces de l'ordre (le SABRE, sorte de C.R.S ultra équipés) veulent constamment vous mettre le grappin dessus et les rixes sont alors inévitables. Dans cette optique, Nilin se dote petit à petit de furies lui permettant d'éliminer un grand nombre d'adversaires ou d'accomplir d'autres prodiges, comme le fait d'activer des mécanismes lui ouvrant de nouvelles perspectives pour progresser. L'ironie de l'histoire, c'est que le joueur joue une amnésique (ou presque) qui se charge de voler le souvenir d'autres individus pour obtenir des informations capitales pour la bonne tenue des opérations menées par les Erroristes. Remember Me interpelle et passionne, même s'il n'est vraiment pas exempt de défaut, comme cette caméra brouillonne en combat, des coups qui manquent d'impact ou un chemin qui s'avère ultra linéaire. Heureusement, le titre a d'autres qualités...

Modèle tes souvenirs

Nilin, véritable chasseuse de souvenirs, est la seule à posséder ce don. Pièce maîtresse des Erroristes, elle est aussi capable de modifier les souvenirs afin de tourner la situation à son avantage. Ces séquences, appelées Memory Remix, sont malheureusement en nombre limité mais demeurent une idée géniale. Concrètement, c'est comme si vous aviez une bande de magnétoscope (ou DVD/Blu-Ray pour les moins vieux) que vous pouvez avancer et reculer à souhait. En analysant la progression de la bande, vous pouvez interagir avec l'environnement, ce qui va alors modifier le cours de l'Histoire. Ces phases sont excellentes  mais on en voudrait vraiment plus. Peut-être dans une suite ? 

Une DA qui tabasse

C'est un fait, le moteur qui équipe ce Remember Me est vieillissant. Il s'agit du fameux Unreal Engine. Et pourtant, le jeu prouve qu'une direction artistique peut sublimer la technique pure. Le titre de Dondnot est tout simplement magnifique, avec un Neo-Paris impressionnant d'immersion. Certes, certaines textures sont vraiment moyennes et les rues de la ville sont un peu vides mais le soft est bourré de détails en tout genre. Les effets de lumière, les animations (elles peuvent paraître raides, mais elles sont plus réalistes que la plupart des jeux du genre, il suffit de voir Nilin courir et ressentir cette impression de peur lorsqu'elle tourne la tête vers l'arrière), l'incroyable recherche visuelle... tout pousse à l'immersion. Et quel plaisir d'arpenter des hauts lieux de la capitale française, de Saint Michel à Notre-Dame en passant par l'Arc de Triomphe ou Montmartre. Bien entendu, l'échelle des distances n'est pas respectée mais le plaisir est présent du début à la fin. Le charisme de Nilin (et des autres protagonistes) joue beaucoup également. Même s'il peut sembler décousu, brouillon par moment, Remember Me propose une narration haletante et on ne s'ennuie jamais. Le rythme est parfait, les séquences sont jouissives, les doublages sont réussis tout comme les musiques... il n'est pas rare de s'arrêter pour écouter les thèmes ou zieuter le monde qui nous entoure, tant on sent que l'équipe a pris un grand plaisir à apposer chaque élément un à un. Nous n'avons pas parlé des combats contre les boss (celui contre Kid X-Mas) mais ils sont particulièrement bien amenés eux-aussi. Il y a également les passages de "Rémanescence" qui permettent, via un système holographique de suivre un chemin, sans se faire repérer ou se prendre une bonne vieille mine dans la tronche. 

Inutile d'aller plus loin, Remember Me est une vraie pépite, qui va laisser un joli souvenir. En espérant que notre mémoire ne soit jamais effacée, on espère qu'une suite verra le jour, tant le jeu de Capcom (merci à l'éditeur d'avoir récupéré un tel bijou, après que Sony ait lâché l'affaire) possède un univers juste génial. Quand on voit les notes que le titre a obtenu outre-Atlantique, il y a de quoi se poser de sérieuses questions sur le "bon goût" de certaines personnes. Remember Me, essayez, c'est l'adopter ! Décidément, 2013 va être juste incroyable en matière de jeux vidéo... 




Malgré un moteur vieillissant, la fantastique direction artistique donne tout son sens à Remember Me. Neo-Paris est un environnement exceptionnel à parcourir, et le nombre de détails est vraiment impressionnant.




La progression s'avère fluide et les animations, si elles peuvent sembler raides, sont bien plus souples que la plupart des jeux du genre. La course de Nilin est intéressante et révélatrice du travail effectué sur les mouvements. Au bout d'un certain moment, sa course semble "apeurée" et elle tourne alors la tête en arrière. Lorsqu'elle pénètre dans un lieu, elle regarde à droite et gauche, scrutant l'environnement. 



Encore une fois, Olivier Derivière fait des merveilles avec une bande son qui prend aux tripes. Les voix sont dans l'ensemble convaincantes, même si celles des Leapers demeurent assez bizarres. L'ambiance sonore est digne de la patte graphique, et là tout est dit. 




Malgré une linéarité très prononcée, Remember Me est très plaisant à parcourir grâce à un rythme effréné et des passages plus calmes servant l'histoire. On est pleinement immergé dans cette aventure hors-du-commun, même si la caméra passe souvent en cacahuètes durant les combats. Il aurait aussi fallu que les ennemis soient moins résistants. 




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