18 sept. 2018

Spider-Man : Toile d'impressionniste

Insomniac Games. Il suffit de me susurrer le nom de ce studio à l’oreille pour que les souvenirs reviennent comme un boomerang. En 2010, dans une interview, Jason Rubin (co-fondateur de Naughty Dog) me racontait que les jeux de son studio étaient liés à ceux d’Imsoniac. Les employés de chaque firme se baladaient entre les bureaux et il n’était pas rare qu’ils se filent des tuyaux pour réaliser leurs jeux respectifs. C’est ce qui a donné, par la suite, des œuvres aussi fortes que Spyro (inspiré par Crash Bandicoot mais en plus « enfantin ») ou Ratchet and Clank. Pendant longtemps, les Californiens ont fait évoluer leurs personnages les plus célèbres tout en élargissant leur champ d’action, que ce soit par le biais de la franchise Resistance ou le bondissant Sunset Overdrive. Toute cette expérience, acquise au fil des années, leur permet aujourd’hui de livrer leur dernier blockbuster : Marvel’s Spider-Man. Se frotter à une icône de la pop-culture peut être terriblement casse-gueule, surtout lorsque l'on connaît l’aura de Peter Parker et du héros qu’il incarne, mais le studio n’a pas pris les choses à la légère. Vraiment pas.



Dans cette aventure, Peter Parker n’est plus le jeune homme qui se découvre un pouvoir. Il a désormais 23 ans et cela fait huit ans qu’il voltige à travers les gratte-ciels en mettant de grosses tatanes à ses ennemis jurés et aux petits truands de New York. Entre deux missions, il s’assure d’être toujours proche de sa tante May, essaye tant bien que mal de renouer avec Mary Kate (MJ pour les intimes) et gère son métier de scientifique avec le maximum de sérieux. Pour créer l’enveloppe narrative de leur jeu, Insomniac Games a travaillé, main dans la main, avec Marvel. Dès le départ, l’idée consistait à raconter avant tout l’histoire de Peter Parker et non pas de Spider-Man. Jon Paquette, scénariste principal, a ainsi développer un univers qui se détache des comics et des films de la franchise. Certains des protagonistes, par exemple, n’ont pas le même rôle et l’intrigue est totalement inédite. En stoppant Wilson Fisk, dit le Caïd, Parker provoque involontairement une montée de la criminalité dans les rues de la Big Apple et doit endiguer l’émergence des Démons, un gang aux intentions malsaines. À ce nouveau défi va se mêler quelques Super-Vilains célèbres comme Shocker, Electro ou Silver Sable. Autant dire que l’Araignée va avoir du boulot !


GRAND POUVOIR, GRANDES RESPONSABILITÉS

En 2014, lorsque Marvel a ouvert son catalogue à Imsoniac, les développeurs ont tout de suite eu un coup de cœur pour Spider-Man. Le héros est jeune, bavard, parfois gauche et s’intègre totalement dans le côté hollywoodien des blockbusters vidéoludiques. Pour le studio américain, le fait de créer un titre sous licence était à la fois un challenge et la possibilité d’enrichir le background du tisseur de toiles. Et pour une première, on peut dire qu’ils s’en sont admirablement sortis. En reprenant le moteur de Sunset Overdrive et en l’optimisant, les concepteurs ont donné vie à une New York d’un réalisme incroyable. Pour atteindre ce résultat, il a fallu trois ans de travail et de nombreux repérages au cœur de la grouillante métropole. Et à ce jour, c’est sans doute la reproduction de New York la plus hallucinante que l’on ait pu voir dans un jeu vidéo. Les rues sont ultra animées, ça klaxonne dans tous les sens, la circulation et la population sont omniprésentes, on peut checker les passants et faire des selfies, les individus vaquent à leurs occupations (certains jouent au basket, d’autres font leur emplettes…) et chaque quartier (Financial District, Harlem, Chinatown, Times Square, Upper West Side, Greenwich Village…) est reconnaissable à son architecture et son agencement. Sur PS4 Pro, l’ensemble est d’une fluidité remarquable et on prend un malin plaisir à déambuler entre les gigantesques buildings, tout en prenant le temps de s’arrêter au cœur de Central Park. Insomniac a abattu un boulot de titan. Et ce n’est pas fini…


AUSSI SOUPLE QU’UNE ANGUILLE

C’est bien connu, Spider-Man est un héros élastique et les développeurs ont tout de suite cherché à établir un gameplay qui soit aussi souple qu’instinctif. Sur ce point, c’est une totale réussite. Le joueur tisse ses toiles à travers la ville avec une aisance déconcertante. En plus de se balancer de toile en toile, Spidey peut activer un boost pour aller plus vite ou littéralement se « scotcher » sur les différents éléments du décor. Par ailleurs, il peut courir sur les bâtiments ou se déplacer, telle une araignée, sur les plafonds ou sur les murs. Il est donc très facile de grimper sur la plus grande tour de la ville avant de faire un piqué vers le sol pour ensuite se rattraper à quelques mètres du bitume. Par moment, on n’a pas seulement l’impression d’incarner le personnage : on est Spider-Man. Cette liberté imprime un fun immédiat et pousse le joueur à ne jamais utiliser le voyage rapide. Bien évidemment, cette souplesse se retrouve dans les affrontements qui, s’ils s’avèrent classiques, proposent quelques idées intéressantes. Outre les différentes compétences, tenues et gadgets que l’on peut utiliser (le fameux upgrade d’expérience est de la partie avec trois arbres distincts : Innovateur, Défenseur ou Tisseur de toile), le héros peut attraper les objets qui sont à proximité pour interagir avec l’environnement ou frapper les ennemis. Il suffit pour cela d’utiliser les touches L1 et R1 simultanément et Spider-Man s’exécute. De même, il existe différentes manières d’utiliser les toiles pour surprendre les adversaires, que ce soit un individu en solo ou tout un groupe. D’une richesse assez folle, le gameplay de Spider-Man est à l’image de son personnage : complètement allumé – comme le prouvent les QTE hyper dynamiques – mais parfaitement réglé ! En clair, on prend son pied à rendre complètement gaga ses victimes, qu’il s’agisse des boss ou des méchants lambda.


UNE CONSTRUCTION SOMMAIRE

Cela étant dit, si Spider-Man est remarquable sur bien des aspects, il aurait peut-être mérité une structure plus originale. Dans ses grandes lignes, le jeu reprend toutes les ficelles de l’open-world avec une trame en tant que fil rouge, des missions annexes et une myriade d’activités plus ou moins intéressantes à réaliser à travers la ville. Ainsi, la radio de la police donne constamment des informations sur les délits qui se déroulent dans la cité : braquages, kidnappings, accidents, courses-poursuite, etc. On est donc toujours sur le qui-vive en réalisant des exploits à droite et gauche, même si, à la longue, cela tourne un peu en rond. À côté de ça, Parker aura des sacs à retrouver (chaque objet lié à la vie du jeune garçon est détaillé), des stations radio à remettre en marche, des casse-têtes (notamment à base de circuits électroniques) à résoudre et bien d’autres petites missions de ce type. Certains ne manqueront pas de souligner l’aspect très « Batman Arkham » mais le niveau de finition est tel qu’on efface assez rapidement cette impression. Il faut dire que l’ambiance générale impose le respect. Donald Reignoux s’est totalement imprégné du personnage et livre un doublage exceptionnel de vie. Drôle et touchant à la fois, l’acteur a visiblement pris un plaisir fou à incarner l’homme-araignée et cela s’en ressent tout au long de l’aventure. Les autres personnages ont également profité du même soin. Par conséquent, couplé aux bruitages de la ville et aux musiques hollywoodiennes, ces dialogues font qu’on ne s’ennuie jamais. Même lorsque ce satané JJJ déballe toute sa haine sur sa radio publique. De jour comme de nuit, ce Spider-Man est aussi impressionnant qu’il est prenant. On savait qu’Insomniac fait partie des studios les plus talentueux de la planète mais on ne s’attendait sans doute pas à une telle maîtrise. Qui aurait pu imaginer, il y a dix ou quinze ans, que les jeux atteindraient un tel niveau. Aussi renversant que les cabrioles de notre cher héros au costume moulant.


Conclusion du rédacteur : GRISANT

Rarement le sentiment de liberté n’avait aussi palpable dans un titre mettant en scène l’homme-araignée. Le joueur n’incarne pas Spider-Man, il est Spider-Man. La voltige à travers les gratte-ciels et les rues de New York n’a aucun équivalent et donne une vraie impression de puissance. En obtenant la licence, Insomniac Games n’a pas dénaturé l’œuvre de Stan Lee et Steve Ditko. Au contraire, le studio est parvenu à moderniser la formule sans envoyer aux oubliettes tout ce qui a été fait par le passé. Malgré les libertés entreprises par les développeurs californiens, le jeu est d’une qualité graphique indéniable et jouit d’un gameplay très efficace, à la fois dynamique et très bien mis en scène. Il est toutefois dommage que l’aventure ne fasse que reprendre les recettes éculées de l’open-world, il y avait peut-être matière à faire plus original. Une toile d’artiste à défaut d’être une toile de maître.



Points positifs :

La reproduction de New York et son ambiance

La qualité des animations

Gameplay très réussi

Le doublage français (mention spéciale à Donald Reignoux)

Incroyable sensation de liberté

Combats de boss spectaculaires

Des activités dans tous les sens


Points négatifs :

Un monde ouvert qui n’invente rien

Phase d’infiltration un peu en retrait


Éditeur : Sony – Développeur : Insomniac Games – Genre : Action / Aventure – Date de sortie : 7 septembre 2018 – Plateforme : PlayStation 4

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