17 mai 2021

Judgment : Yakuza en mode Phoenix Wright

Calqué sur la série des Ryu ga Gotoku, Judgment est la nouvelle œuvre de l’emblématique Toshihiro Nagoshi, figure historique de SEGA. Par conséquent, si vous vous attendiez à vivre une expérience totalement différente des Yakuza, il est probable que vous passiez votre chemin. Même si l’intrigue gravite autour de la loi et de la justice, les mécaniques de jeu restent très proches de ce qu’on a connu auparavant. Mâtiné de baston, d’exploration et d’interactions entre les personnages, Judgment conserve le feeling des aventures de Kazuma Kiryu tout en s’appuyant sur la mise en scène percutante à laquelle nous a habitué le Ryu ga Gotoku Studio. Par conséquent, difficile de rester insensible, surtout quand l’intrigue nous transporte. Il n’y a pas de doute, ils savent y faire ces talentueux Japonais !


Mise à jour : PS5/XSX/STADIA

Disponible pour une quarantaine d'euros, Judgment débarque sur les consoles du moment ainsi que Stadia. Si vous n'avez pas fait le jeu sur PlayStation 4, on vous invite à lire le test qui suit ce paragraphe. Ici, nous nous attarderons sur les changements et ajouts de cette mouture next-gen. 

C'est un détail mais qui n'est pas anodin. Il est impossible de transférer sa sauvegarde PS4 vers la PS5, ce qui oblige le joueur à refaire l'intégralité de l'aventure, même s'il a bien avancé ou terminé le jeu sur l'ancienne machine de Sony. C'est dommage mais ça n'empêche de profiter du confort apporté par cette version. Entièrement en 4K et en 60 images par seconde, ce Judgment 2.0 se veut également plus réaliste grâce à des textures affinées sur les visages. Les effets, notamment de lumière, ont été améliorés et l'immersion est encore plus poussée qu'il y a deux ans. À l'inverse, les couleurs semblent plus ternes et la ville n'a pas fait l'objet du même soin. Certaines textures sont moyennes et elles ressortent moins bien en 4K. Notons enfin que les chargements sont ultra rapides, ce qui est une vraie avancée pour ce type de jeu, et que tous les DLC (des mini-jeux supplémentaires, des figurines, des costumes…) sont dispos.

Judgment reste égal à lui-même. Il s'agit d'un excellent jeu, très prenant et bien réalisé. Son adaptation next-gen est globalement de qualité mais elle aurait mérité bien plus de surprises. Reste que son petit prix ravira celles et ceux qui n'ont pas fait l'original. Nul doute que beaucoup se feront un malin plaisir de passer du temps dans les salles d'arcade plutôt qu'enquêter.
 
On ne peut pas dire que la vie a épargné Takayuki Yagami. Alors qu’il n’est qu’un tout jeune avocat, il commet une erreur de jugement et acquitte un homme qui, à peine innocenté, assassine sa petite-amie. Pas le top pour débuter une carrière au barreau. Trois ans plus tard, le temps a passé mais les cicatrices sont toujours là. Yagami a créé une agence de détective et il fait équipe avec son vieux compère, un ancien yakuza du nom de Kaito. Les affaires – qui sont souvent des histoires d’adultère – ne sont guère passionnantes mais le duo survit. Jusqu’au jour où…


Mission détective 


Sans révéler quoi que ce soit, sachez que leur petite vie « tranquille » va soudainement s’accélérer. Meurtres, conflits entre bandes rivales, affaires de gros sous… le quotidien de Yagami va voler en éclats. Ainsi, tout au long des 13 chapitres, vous allez tenter de faire toute la lumière sur des affaires, le tout sous la forme d’une série interactive exploitant différentes mécaniques de gameplay. Comme expliqué dans l’intro, Judgment reprend, dans les grandes lignes, toutes les ficelles de la licence Yakuza. La mise en scène est très cinématographique et les séquences jouables naviguent, pêle-mêle, entre de l’exploration, du combat, du pilotage de drone (pour repérer des individus) et de l’infiltration. Ainsi, cette œuvre a le mérite d’être plus variée, à notre sens, que la série dont elle s’inspire. Yagami est amené à crocheter des serrures, poursuivre un fuyard (avec les QTE à la Shenmue qui vont bien) ou encore analyser une scène de crime. Un peu comme si on avait transvasé la saga de Capcom, Phoenix Wright, dans les rues de Kamurocho. Ainsi, si l’intrigue prend son temps à démarrer, le rythme s’accélère et on ne décroche plus.


Yakuza Bis


Les missions sont découpées sous la forme d’objectifs principaux et annexes auxquelle vient s’ajouter une foule d’activités diverses et variées. En ville, au lieu de suivre les missions, vous pouvez tout à fait vous adonner aux jeux d’argent, aux fléchettes, à la course de drones (oui, oui) ou encore aux sempiternels jeux d’arcade. Et pour le coup, SEGA n’a vraiment pas pris les joueurs pour des imbéciles en offrant carrément, tenez-vous bien, Virtua Fighter 5, Space Harrier, Fighting Vipers ou encore Motor Raid ! Il existe même une parodie complètement déjantée de House of the Dead. D’ailleurs, en parlant de folie, sachez que ce Judgment n’a rien à envier à la série Yakuza. Le ton est mature, certaines séquences sont débiles à souhait et il est souvent très drôle de lire les pensées des gens qui se baladent dans la rue, surtout quand ça tourne autour du sexe. Le quartier de Kamurocho est d’ailleurs incroyablement vivant et prend une atmosphère toute particulière la nuit. L’occasion de parler de la réalisation du jeu.


Plus vrai que nature


Il n’y a pas de doute, Judgment est un titre absolument superbe. Se balader dans Kamurocho est un délice de tous les instants. Sans surprise, on reconnaît tous les lieux emblématiques de Kabukicho et la modélisation des personnages principaux séduit instantanément. D’ailleurs, Yagami a un certain charisme (son modèle n’est autre que Takuya Kimura, un chanteur, danseur et acteur très célèbre au Japon) et il est bien plus souple que Kiryu. Il peut d’ailleurs opter pour deux styles de combat, l’un très vif, et l’autre plus bourrin. En combat, le joueur peut ainsi choisir, à la volée, l’approche à adopter face à un tel ou tel adversaire. Cela donne lieu à des séquences ultra spectaculaires, comme lorsque Yagami s’aide d’un mur pour surprendre son vis-à-vis. Au bout d’un moment, le « Heat Actions » devient accessible et permet de passer dans une sorte de mode enragé à la Berserk.


VERDICT : TRÈS BON


Dépaysant et superbement réalisé, Judgment est l’une des bonnes surprises de 2019. Le personnage principal est attachant et la progression très cinématographique fait qu’on ne décroche pas. L’intrigue est bien amenée, la traduction française est vraiment réussie et on est happé par cet univers à la fois sombre, parfois très drôle et surtout libre. Nous n’en sommes qu’au début d’une nouvelle licence (la suite ayant été annoncée récemment) et ce n’est pas pour nous déplaire. Sur PlayStation 5 et Xbox Series X, le confort est optimal malgré des couleurs un peu plus ternes. On découvre Kamurocho 4K et 60 images par seconde, la fluidité est exemplaire et c'est sans hésiter la meilleure version. De là à repasser à la caisse si vous avez déjà l'original ? Tout dépendra de votre attachement à Yagami-san mais le jeu reste, grosso modo, le même.

Points positifs :

Les personnages
La traduction française
L’ambiance
Un Kamurocho plus dépaysant que jamais
Réalisation au top
Intrigue et mise en scène réussies
La liberté et les jeux d’arcade proposés


Points négatifs :

Un peu long à démarrer
Quelques phases de jeu moins intéressantes
Pas de bar à hôtesse, ni de karaoké
Courses-poursuites un peu longuettes
Le gap next-gen et les ajouts sont très légers

Éditeur : SEGA / Développeur : Studio Yakuza / Genre : Action/Aventure / Date de sortie : 23 avril 2021 / Nombre de joueurs : 1 / PEGI : 18 / Supports : PlayStation 5, Xbox Series X, Stadia

New Pokémon Snap : Un jeu cliché ?

Forte d’un succès mondial stratosphérique dans les années 1990, la saga Pokémon n’a pas mis bien longtemps avant d’être croquée à toutes les sauces. Parmi les séries dérivées les plus étonnantes que celle-ci a fait émerger, Pokémon Snap est sans doute la plus originale. En 1995, le studio HAL Laboratory annonce le développement de Jack and the Beanstalk (Jack et le haricot magique chez nous), un jeu reposant sur le scénario du célèbre conte britannique et dans lequel le héros devait photographier son environnement. Malheureusement, la direction peu claire de cette production a conduit à son annulation et des fonctionnalités ont été récupérées par d’autres œuvres de Nintendo, dont Earthbound 64 (qui sera, à son tour, annulé) … et le titre qui nous incombe, Pokémon Snap.


Le snap, à ne pas confondre avec le snack, désigne l’action de prendre une photo en anglais. Comme son nom l’indique, Pokémon Snap – et son homologue de 2021 présenté ici – met en avant cette passion. Après avoir créé votre avatar, vous arrivez dans la région maritime de Lentis, constituée de plusieurs îles, chacune ayant son écosystème. Spécialiste parmi les spécialistes, le professeur Miroir, accompagné de sa jeune assistante Rita, est une ponte dans son domaine et passe son temps à étudier les Pokémon. En analysant les photographies de ces créatures dans leur milieu naturel, il permet ainsi à la science d’en apprendre plus sur les habitudes et comportements des Pokémon. Et vous l’aurez compris, vous allez participer à cette mission.


Cheese !


En tant que nouveau venu dans la profession, vous allez ainsi arpenter des sentiers en mode « rail » en regardant à 360° pour capturer les plus beaux clichés de Pokémon. Le personnage, à bord d’un véhicule spécial (le Neo One), avance automatiquement et vous pouvez ainsi vous concentrer sur les évènements aux alentours pour effectuer les plus belles prises photographiques. L’Exploreflex, qui n’est autre que votre appareil photo, permet également de communiquer avec Rita, de cartographier le terrain ou même, plus tard dans la progression, d’attirer l’attention des Pokémon. C’est ainsi que l’on voyage à travers différentes zones en essayant d’obtenir les meilleures diapositives. Bien entendu, on peut zoomer pour repérer les Pokémon les plus discrets et l’aventure parvient à garder de l’intérêt grâce aux attitudes des créatures. D’abord timides, elles ne tardent pas à se montrer de plus en plus « joueuses » et il faut avoir l’esprit vif et l’œil aguerri pour obtenir les clichés les plus solides. Une fois que l’escapade est terminée, le professeur Miroir récupère vos photos (après une sélection de votre part) et note le travail accompli. Chaque élément (pose, taille, angle de vue, cadrage, nombre et types de Pokémon, attitudes…) est important et il faut que les photos soient parfaites pour obtenir la meilleure notation possible, à savoir 4 étoiles. Vous avez aussi le loisir de traficoter vos clichés (grâce à des filtres) mais aussi de les partager sur la toile pour impressionner les internautes. Là aussi, il y a un système de notation.


Le souffle de la nature


Par son concept, New Pokémon Snap finit par tourner en rond mais il a pour lui une réalisation vraiment agréable et des environnements variés. L’immersion dans l’univers de la franchise est réussie, on s’amuse à repérer les Pokémon bien planqués et les développeurs de Bandai Namco, à l’œuvre sur cette version modernisée, ont réalisé des animations très soignées. Il est amusant de découvrir les réactions des Pokémon, d’interagir (même si c’est léger) avec eux et de profiter d’une faune et d’une flore très riches. Plusieurs générations de Pokémon répondent d’ailleurs à l’appel, ce qui ne manquera pas de satisfaire les fans de la licence.


VERDICT : BON


Fidèle au principe de Pokémon Snap, cette version de 2021 se montre particulièrement réussie. La formule imaginée dans les années 1990 fonctionne bien, les objectifs proposés sont intéressants et le grand nombre de Pokémon et d’environnements font qu’on passe un bon moment. La réalisation tient la route, les attitudes des créatures sont amusantes et le game design, dans sa globalité, est plutôt honorable. Par son principe, New Pokémon Snap a toutefois tendance à tourner en rond (à peu près à la moitié de l’aventure) et peine à se renouveler. C’est sans doute sur cette faille que les joueurs les moins patients appuieront. Mais un peu de fraîcheur vidéoludique ne fait jamais de mal.


Points positifs :

Un concept rafraîchissant
Les animations et attitudes des Pokémon
Plusieurs générations de Pokémon
Réalisation plutôt solide
De nombreux secrets à découvrir

Points négatifs :

On tourne en rond au bout d’un moment
La progression peine à se renouveler
Certaines zones sont un peu longues

Éditeur : Nintendo / Développeur : Bandai Namco / Genre : Aventure / Prise de photos Date de sortie : 30 avril 2021 / Nombre de joueur : 1 / PEGI : 3 / Support : Nintendo Switch

11 mai 2021

NieR Replicant ver.1.22 : Sur les traces d'Automata

Bâti sur les vestiges de Drakengard, une œuvre parue sur PlayStation 2 en 2003, NieR est un spin-off qui s’est forgé une solide réputation avec le temps. Si la licence est entrée au Panthéon grâce à l’épisode Automata de PlatinumGames, c’est bel et bien Replicant, suite directe de la cinquième fin de Drakengard, qui a posé les fondations de la série. Pour ce remake, le studio Toylogic a tenté un véritable pari puisqu’il s’est appuyé sur le volet de Cavia, tout en lorgnant du côté d’Automata. Selon Saki Ito, directeur du développement, l’équipe voulait que les joueurs ayant découvert le dernier épisode de la franchise puissent profiter de l’original. Tout en respectant fidèlement NieR Replicant, ils l’ont modernisé et le résultat est surprenant. Suffisamment pour faire oublier le titre paru il y a onze ans ?


Été 2053. Dans un paysage frappé par une brise glaciale, tout n’est que ruines et désolation. Deux jeunes gens, bien mal en point, tentent de survivre face à des créatures qui ne cessent de les traquer. On fait ainsi la connaissance du héros et de sa sœur, Yonah, en proie à une maladie qui la ronge peu à peu. Après un rapide tutorial, le scénario nous téléporte plus d’un millénaire après ces évènements. On apprend que les épidémies décident les populations et que les entités maléfiques sont appelées les Ombres. Le pitch tranche profondément avec le village et le vert des alentours et le début de l’aventure s’enfonce dans les stéréotypes japonais avec des quêtes inintéressantes (et autant d’allers-retours). Heureusement, cette mise en bouche ne dure pas. Yonah trouve le moyen de fausser compagnie à son frérot et une opération sauvetage dynamite la structure de l’aventure. Néanmoins, NieR Replicant retombe dans ses travers et rend parfois perplexe. Les dialogues sont souvent vides, les objectifs n’apportent pas grand-chose (des quêtes Fedex, en veux-tu, en voilà !), et pourtant, grâce à ses combats et son panache, il empêche de lâcher la manette. Au-delà du grimoire qui nous accompagne, c’est surtout le côté action-RPG teinté de shoot qui interpelle mais aussi ses angles de caméras qui font qu’on se retrouve parfois avec des séquences de plate-formes. Cet entremêlement de genres fait qu’on zappe les défauts.


Une pincée d’Automata


Lorsqu’on se retrouve en plein combat, on comprend où les développeurs ont voulu en venir. En s’inspirant du chef d’œuvre de PlatinumGames et de Yoko Taro, Toylogic offre des affrontements extrêmement dynamiques, très fluides et savamment animés. Aux coups au corps-à-corps viennent se mêler des tirs à distance qui apportent une touche spectaculaire aux rixes et on en redemande ! Au début, il est vrai que les Ombres sont peu variées et qu’on se retrouve souvent à bastonner les mêmes créatures (on en vient même à avoir le sourire en croisant un bon gros sanglier des familles) mais la variété des environnements est appréciable et les thèmes musicaux, très vocaux, distillent une atmosphère particulière. Sur le plan de la progression, NieR Replicant reste assez classique donc, avec pas mal de quêtes annexes, et un fil rouge conducteur. À mesure que l’on avance, le personnage gagne en XP et on peut lui octroyer toute une foule d’améliorations (on récupère du loot, on achète, on vend, le grand classique quoi). La construction du titre aurait toutefois mérité une mise à niveau car les allers-retours incessants pourraient avoir raison de la patience de certaines personnes – surtout quand il s’agit d’aller chercher ou donner un objet. Les ficelles sont un peu trop grosses par moments et les temps de chargement (y compris sur PlayStation 5, ce qui fait penser à un manque d’optimisation) n’aident pas. Mais comme expliqué plus haut, on a envie d’aider le héros à sauver sa frangine et la liberté que procure l’aventure est immersive.


L’esthétisme avant la technique


Sur le plan technique, NieR Replicant est bien supérieur à son ainé mais il ne faut pas s’attendre à une révélation. Le tout manque quand même de détails, les textures sont grossières et on traverse, globalement, des lieux très vides. En revanche, l’animation a gagné en fluidité (sur PS5) et le jeu dégage un certain esthétisme. Les environnements dégagent, grâce à des jeux de lumière et des effets spéciaux réussis, une vraie poésie et les personnages ont gagné en réalisme. L’O.S.T, comportant 45 pistes, n’est pas en reste. Formidablement mise au goût du jour, elle profite de superbes envolées vocales et met en valeur le talent de plusieurs compositeurs nippons avec, à la baguette, le génial Keiichi Okabe. Entre mélopées atmosphériques, mélodies mélancoliques et puissance symphonique, l’œuvre de l’un des compositeurs les plus en vue du moment est un régal ! Les doublages ont également été refaits pour plus d’authenticité (il y a notamment l’actrice qui campe Abby dans The Last of Us 2 pour le rôle de Kainé).


NieR Replicant ver.1.22474487139… (son véritable nom, si, si) n’est pas un titre parfait mais il a vraiment une ambiance et un style accrocheurs. Par ailleurs, à la vingtaine d’heures que comporte l’histoire principale viennent se greffer un épisode additionnel (la Sirène) ainsi que des donjons complémentaires. Il est ainsi possible de débloquer des tenues inédites (Kabuki et Samouraï) mais aussi changer les balles ennemies par le visage d’Emile. Largement de quoi faire, d’autant que le New Game + est toujours présent (pour découvrir une fin différente).


VERDICT : TRÈS BON


NieR Replicant ver.1.22474487139… peut paraître désuet par certains côtés (sa structure, ses décors un peu vides, ses innombrables quêtes annexes bateau…) mais il demeure une valeur sûre de l’action-RPG moderne. À la fois poétique, mélancolique et mature, l’œuvre de Yoko Taro – subtilement remise au goût du jour par Toylogic – a le bon goût de proposer différents niveaux de difficulté, ce qui permet à tout le monde de profiter pleinement de l’expérience. Les combats sont réglés avec minutie, les rixes sont dynamiques et l’aventure a également un avantage que d’autres jeux du même genre n’ont pas : sa variété visuelle. Dès lors, malgré ses défauts, si vous aimez ce type d’expérience, il paraît difficile de passer à côté de NieR Replicant. Ne serait-ce que pour découvrir cette déjantée de Kainé.

Points positifs :

Esthétiquement réussi
L’ambiance et les musiques réorchestrées
Système de combat revu et corrigé
Solide durée de vie
Personnages très attachants
Doublages japonais et anglais au top !


Points négatifs :

Chargements un peu longuets (même sur PS5)
C’est un peu vieillot techniquement parlant
Décors trop vides et manquant de détails


Éditeur : Square-Enix / Développeur : Toylogic / Genre : Action-RPG / Date de sortie : 23 avril 2021 / Nombre de joueurs : 1 / PEGI : 18 / Support : PlayStation 5, PlayStation 4, PC, Xbox One, Xbox Series X

10 mai 2021

La Dreamcast exhume ses trésors enfouis

Depuis plusieurs mois maintenant, je suis en contact régulier avec Laurent Comby, un collectionneur suisse qui est devenu un ami. Passionné par l'Histoire du jeu vidéo, il est à l'origine de la numérisation des bandes magnétiques issues du tournage des publicités de SEGA avec le punk et possède une faculté incroyable à dénicher des trésors oubliés. Œuvrant pour le patrimoine du jeu vidéo, il ne se passe pas une journée, ou presque, sans qu'il vienne me parler d'une découverte. Il a ainsi exhumé de véritables pépites et, forcément, en tant qu'auteur du futur Génération SEGA, je n'ai pas mis bien longtemps à lui donner les infos que j'avais recueillies de mon côté. On s'est ainsi retrouvé à faire quelques émissions web ensemble (de super souvenirs !) chez nos amis de Recalbox ou MO5.



Laurent est un collectionneur incroyable. Au-delà des jeux classiques, il s'est fait une spécialité dans les versions prototypes et autres objets improbables, comme un costume Sonic provenant des courses de F1 pour lesquelles SEGA était sponsor à l'époque. Son site est proprement hallucinant et je ne saurais que trop vous conseiller de foncer à cette adresse :  

De même, sa chaine Youtube est à tomber à la renverse : https://www.youtube.com/channel/UCzA9ussZITuy2qYYHaqHtbQ

Récemment, Laurent m'a tenu au courant de certaines de ses découvertes et j'ai littéralement halluciné quand il m'a expliqué qu'il était sur le point d'exhumer Castlevania Ressurection sur Dreamcast ou encore les Schtroumpfs (un titre totalement méconnu) qui devait paraître sur la machine de SEGA et sur PlayStation 2. Il m'a proposé de participer à la réalisation de l'article sur Castlevania Ressurection et j'ai ainsi eu le privilège absolu d'obtenir, en avant-première, la build pour la découvrir sous toutes les coutures. J'ai ainsi préparé l'article et fait quelques vidéos. Les Schtroumpfs, quant à lui, a une histoire rigolote car on s'est rendu compte, avec Laurent, qu'on avait le même contact. Ex-développeur d'Appaloosa Interactive, Mihaly a participé à la création d'Ecco the Dolphin sur Dreamcast mais il a aussi travaillé sur une adaptation des Schtroumpfs et il a accepté, grâce à Laurent, de faire une vidéo de ce jeu abandonné. Voilà un aperçu des dernières trouvailles : )



Nul doute que nous ne sommes pas au bout de nos surprises ;) 


Monster Hunter Rise : La Switch se met en chasse !

Née en 2004 sur PlayStation 2, la franchise Monster Hunter est longtemps restée un phénomène japonais avant de trouver un écho en occident. Au fil des années, elle a gagné en maturité et chaque épisode propose aux chasseurs en herbe de traquer des créatures toujours plus majestueuses, imposantes… et dangereuses. Après un excellent Monster Hunter World paru sur tous les supports du moment, la saga revient à un format plus nomade. Exclusivité temporaire de la Switch, Monster Hunter Rise renouvelle la formule de belle manière et se permet d’amener la machine de Nintendo vers des sommets techniques insoupçonnés.


En lisant l’interview du producteur attitré de la série, Ryozo Tsujimoto, on comprend la finalité de ce nouvel épisode. Monster Hunter Rise répond à une condition qui est simple : « Jouer à tout moment, n’importe où et avec qui l’on veut. » C’est en s’appuyant sur ce triptyque que Capcom a lancé cet ambitieux projet. En choisissant la dernière console de Nintendo, l’éditeur s’assurait des ventes solides (grâce au parc de consoles de plus en plus important) mais les contraintes techniques (comme on a parfois pu le voir dans d’autres productions type Xenoblade) pouvaient être importantes. Pourtant, dès l’écran-titre, les doutes s’envolent…


Le chant de la purification


Monster Hunter Rise nous accueille avec une superbe mélodie traditionnelle intitulée « Kamura’s Song of Purification » et on reste scotché à écouter la voix cristalline de la chanteuse, tout en étant charmé par les couleurs et la qualité visuelle des décors et de la modélisation du personnage. Passé ce moment de volupté, l’aventure peut commencer ! Rise reste fidèle à la licence en proposant, dès le départ, de personnaliser son héros/héroïne mais aussi les créatures qui vont l’accompagner. La structure reste fidèle à l’historique de Monster Hunter mais Rise, à l’inverse de l’épisode World, mise plus sur le gameplay que la narration. Ici, l’accent est mis sur les créatures gigantesques que l’on traque et que l’on affronte. Comme à l’accoutumée, le point de départ se trouve au village et c’est en ce lieu que vous faites les emplettes nécessaires à votre réussite. Après avoir choisi une quête (qu’elle soit principale ou secondaire), vous êtes envoyé dans une zone plus ou moins vaste avec la ferme intention de trouver votre cible et de l’éliminer (ou de la capturer). Et c’est là que le sens du mot « liberté » explose à la figure des explorateurs en herbe.


Envole-moi


En arrivant dans ces endroits luxuriants ou majestueux, on comprend où voulait en venir le producteur Ryozo Tsujimoto. À notre humble avis, Monster Hunter Rise est l’épisode le plus grisant en matière d’approches et d’embranchements. Grâce à l’arrivée du Filoptère, que l’on peut comparer à un grappin organique (c’est un insecte qui tisse des liens), les déplacements sont encore plus réactifs qu’auparavant et le gameplay gagne en verticalité. Cette liberté d’action se retrouve dans la richesse des lieux puisqu’il est possible d’exploiter son environnement pour parvenir à ses fins. Certaines créatures sont explosives et peuvent être utilisées – à leur insu – contre des monstres trop résistants. De la même manière, il n’y a rien de tel que d’appâter une bestiole pour que celle-ci se rende dans le territoire d’entités hostiles, entraînant dès lors un combat entre plusieurs espèces. Monster Hunter Rise incite à la prudence, surtout au départ quand le personnage principal est faible, mais ouvre rapidement le champ des possibles, que ce soit à pied ou à dos de Chumsky. On passe ainsi énormément de temps à explorer l’environnement et à profiter de la flore. Seul ou à plusieurs en ligne ou réseau local, ce titre a vraiment quelque chose d’immersif même si les puristes regretteront, peut-être, un manque de challenge par rapport à World ou des volets précédents. Il est toujours possible d’éliminer les créatures ou de les capturer mais certains aspects, comme le contrôle de la température, ont par exemple disparu. Pour les nouveaux arrivants, Monster Hunter Rise est une porte d’entrée fantastique ! Très complet avec ses multiples missions et décors, il est aussi spectaculaire grâce à des graphismes rarement vus sur Nintendo Switch.


Ça tourne sur Switch ça !?


Dès l’écran-titre, on sait déjà que Monster Hunter Rise est au-dessus du lot. Visuellement, le jeu de Capcom est surprenant pour une console de cette envergure. Même si certains détails tranchent avec le reste (notamment les animations à longue distance ou l’aliasing apparent sur l’écran de télé), on se trouve devant l’une des œuvres les plus réussies, graphiquement parlant, du catalogue Nintendo Switch. Les décors sont fouillés, les modélisations sont précises et détaillées, les effets sont au top et les mouvements des entités animales sont soignées. Incontestablement, Monster Hunter Rise amène la console de Big-N à un standard qui paraissait inconcevable il y a encore quelques mois. En mode docké, le rendu est encore plus saisissant et il faut bien avouer, dans le cœur de l’action, qu’une telle production n’a pas grand-chose à envier aux blockbusters des consoles next-gen.


VERDICT : EXCELLENT


Monster Hunter Rise amène un nouveau sentiment de liberté à la franchise. Sans doute moins exigeant que certains épisodes, ce volet démontre que la Nintendo Switch peut rivaliser avec la concurrence, technologiquement parlant, lorsqu’elle est intelligemment exploitée. Fidèle aux principes de la saga, Rise demeure passionnant pour quiconque recherche de l’exploration, de l’aventure et des combats spectaculaires. En revanche, il pourra décourager celles et ceux qui aiment la narration et les scénarios accrocheurs. C’est en tout cas une vraie réussite et on ne serait pas étonné que l’éditeur le sorte plus tard sur d’autres consoles.

Points positifs :

Visuellement superbe
Un sentiment de liberté encore plus présent
Le filoptère
Les musiques
Gameplay dense et dynamique
Une durée de vie convaincante
11 nouvelles créatures
Le Chumsky, une monture très utile

Points négatifs :

Un bestiaire qui tourne en rond
Quelques mécaniques absentes (température, etc.)
L’aliasing est bien présent

Éditeur : Capcom / Développeur : Capcom / Genre : Action, Aventure / Date de sortie : 26 mars 2021 / Nombre de joueurs : 1 à 4 (en local ou en ligne) / PEGI : 12 / Support : Nintendo Switch

4 mai 2021

It Takes Two : Quand rire et émotion font bon ménage

Réalisateur et scénariste libano-suédois, Josef Fares s’est d’abord fait remarquer dans le cinéma avant de tenter l’aventure du jeu vidéo. Avec sa vision proche du septième art, le natif de Beyrouth a frappé fort avec l’émouvant Brothers : A Tale of Two Sons en 2013 avant de récidiver, cinq ans plus tard, avec le percutant A Way Out. Le studio Hazelight s’est ainsi forgé une solide réputation dans l’univers des jeux coopératifs mais rien, ni personne, ne pouvait s’attendre à ce que l’époustouflant It Takes Two atteigne de tels sommets. Émouvant, malin et immersif, ce titre est assurément l’une des œuvres les plus marquantes de ces dernières années.


Dans la vie, il arrive parfois que les relations sentimentales s’étiolent avec le temps et que deux êtres, qui se sont aimés pendant une ou plusieurs décennies, décident de prendre des chemins différents. C’est ce qui arrive à Cody et May, les parents de la petite Rose. Cette dernière, échaudée par l’annonce du divorce, choisit de s’isoler dans sa chambre. Entre temps, la fillette a confectionné des poupées en chiffon à l’effigie de ses parents. Sentant que la situation lui échappe, elle sort un vieux bouquin de thérapie de couple, qu’elle a retrouvé dans une poubelle de son école, et demande à que son papa et sa maman se réconcilient. Ne pouvant retenir ses larmes, Rose se penche sur ses poupées et les gouttelettes tombent sur les drôles de marionnettes… qui prennent vie.

Du rire…


Après une cinématique hilarante, durant laquelle Cody et May découvrent leur nouvelle condition de poupées de chiffon, l’aventure peut débuter. It Takes Two, jeu coopératif par excellence, remet au goût du jour le bon vieil écran splitté. Le gameplay se déroule à la manière de n’importe quel jeu de plate-forme en 3D. Accélération, double-saut, impulsion (un dash vers l’avant)… les commandes sont intuitives et chaque joueur appréhende l’environnement du quotidien à l’échelle de leur personnage minuscule. L’épopée de Cody et May débute dans le garage, les dialogues sont drôles, les mécaniques sont simples et on s’amuse ainsi à interagir avec différents interrupteurs et objets. Toute la progression repose sur la coopération et il est absolument impossible d’avancer sans coordonner ses actions avec sa ou son partenaire. On assiste à un véritable petit dessin animé bourré d’ingéniosité et d’idées géniales. Sans se rendre compte qu’il s’agit, en réalité, d’un simple tutoriel, point de départ d’une incroyable aventure !


… aux larmes


Petit à petit, on apprend à cerner le caractère de Cody et May et on découvre qu’ils sont un peu à l’image de Fabien et Emma dans la série Scènes de Ménage. Lui est assez posé et semble apprécier les choses simples de la vie comme la nature ou le jardinage tandis que son alter-ego est une femme au caractère bien trempé, ne reculant devant rien et s’adonnant, notamment, au bricolage. Cette dualité éclate ainsi au grand jour à mesure que l’on progresse et le jeu d’acteur, exceptionnel de naturel, permet de littéralement croire à la quête initiatique de nos deux énergumènes en chiffon. Le contraire serait d’ailleurs impossible tant les développeurs ont fait en sorte de surprendre le joueur. Et la surprise est omniprésente ! En vérité, Cody et May sont constamment affublés d’objets ou de gadgets qui leur permettent de progresser dans des environnements d’un improbable diversité. On y reviendra mais rares sont les jeux à proposer une telle variété d’action et d’objectifs. Quoi qu’il en soit, attendez-vous à utiliser des clous et un marteau, des aimants, un propulseur de miel, des armes, des bottes de gravité et bien d’autres. S’il demeure très terre à terre au début, It Takes Two devient peu à peu magique en propulsant le joueur dans des décors féériques. Pour ne pas gâcher la découverte, nous nous contenterons de dire que vous passerez du garage et du jardin à des lieux très colorés. Jouant constamment avec les émotions, l’œuvre de Hazelight est tout simplement extraordinaire, d’autant que la quête principale est régulièrement saupoudrée de mini-jeux délirants. Tape-taupes, circuit automobile, manège, bataille de boules de neige, course hippique… on ne compte plus les activités annexes ! It Takes Two a aussi la bonne idée de ne pas se limiter à l’écran splitté puisqu’il s’offre le luxe de séquences en plein écran où les deux protagonistes apparaissent en même temps. Il faut par exemple coordonner son déplacement sur un deltaplane, braver des chevaliers en vue aérienne à la Gauntlet, contrôler un bateau ou même fuir un danger imminent façon Indiana Jones et les Aventuriers de l’Arche Perdue. Les boss sont des chefs d’œuvre d’ingéniosité (là encore, on vous laisse le plaisir de la découverte) et on évolue sans s’ennuyer un seul instant grâce à un challenge adapté et une difficulté progressive. On passe ainsi son temps à être émerveillé en se disant : « Mais où, diable, les développeurs ont-ils été chercher tout ça !? »


Féérique, magique et indispensable


Josef Fares avait expliqué qu’il était prêt à donner 100 dollars à quiconque s’ennuierait dans son jeu et on peut dire qu’il avait raison d’être confiant à ce sujet. Mais on pouvait difficilement anticiper qu’It Takes Two allait être si charmant pour la rétine. C’est simple, plus on progresse et plus l’aventure met claque visuelle sur claque visuelle ! Les environnements sont, pour la plupart, absolument somptueux et ils sont parfois très vastes. On vous laisse découvrir le niveau par vous-mêmes mais le village dans les montagnes a été l’un de nos plus gros coups de cœur. Les lumières, les effets, les animations, l’infiniment petit qui rencontre l’infiniment grand… le titre d’EA surprend, passionne, émeut et bouleverse. C’est d’autant plus vrai que certaines séquences, notamment la glisse sur rails, offrent des moments d’adrénaline assez géniaux. Il est vrai que les énigmes ne sont pas toutes aussi inspirées mais on ne peut s’empêcher d’y voir des clins d’œil à notre enfance, certaines références cinématographiques étant sacrément bien vues – type Rasta Rockett. On pourrait parler des heures de cette œuvre et de son contenu tant on a pris du plaisir à découvrir l’aventure de Cody et May. Génial, malin, magique, convivial, long… It Takes Two coche toutes les cases du titre immanquable ! Parfois, on croit avoir tout vu… et on prend baffe sur baffe. Un pur chef d’œuvre !


VERDICT : CHEF D’OEUVRE


It Takes Two est un catalyseur d’émotions. Vingt ans après, il est à la convivialité (et à la féérie) ce qu’était GTA III à l’univers des mondes ouverts. Proposée à petit prix et débarquée en douce – comme pouvait m’être le titre de Rockstar – l’œuvre de Hazelight Studios est d’une telle générosité que les jeux du genre à venir risquent de nous paraître bien fades. Beau, intelligent, drôle, immersif, passionnant… il est probablement l’un des meilleurs jeux de ces dernières années et mérite amplement les commentaires positifs et autres distinctions prestigieuses. Ne passez pas à côté de cette pépite. 

Points positifs :

  • Un jeu d’une incroyable générosité
  • Les personnages hyper attachants
  • Les doubleurs sont exceptionnels
  • Musiques réussies
  • Graphismes inspirés et féériques
  • Des mécaniques ultra ingénieuses
  • Rarement une œuvre aura été aussi variée
  • Une mise en scène digne d’un Pixar

Points négatifs :

  • Décors du début moins enthousiasmants
  • Quelques failles techniques par endroits
  • Une caméra parfois dépassée

Éditeur : Electronic Arts / EA Originals / Développeur : Hazelight Studios / Genre : Action, Plate-formes, Coopération / Date de sortie : 26 mars 2021 / Nombre de joueurs : 2 (obligatoire, en local ou en ligne) / PEGI : 12 / Supports : PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X/S