4 mai 2021

It Takes Two : Quand rire et émotion font bon ménage

Réalisateur et scénariste libano-suédois, Josef Fares s’est d’abord fait remarquer dans le cinéma avant de tenter l’aventure du jeu vidéo. Avec sa vision proche du septième art, le natif de Beyrouth a frappé fort avec l’émouvant Brothers : A Tale of Two Sons en 2013 avant de récidiver, cinq ans plus tard, avec le percutant A Way Out. Le studio Hazelight s’est ainsi forgé une solide réputation dans l’univers des jeux coopératifs mais rien, ni personne, ne pouvait s’attendre à ce que l’époustouflant It Takes Two atteigne de tels sommets. Émouvant, malin et immersif, ce titre est assurément l’une des œuvres les plus marquantes de ces dernières années.


Dans la vie, il arrive parfois que les relations sentimentales s’étiolent avec le temps et que deux êtres, qui se sont aimés pendant une ou plusieurs décennies, décident de prendre des chemins différents. C’est ce qui arrive à Cody et May, les parents de la petite Rose. Cette dernière, échaudée par l’annonce du divorce, choisit de s’isoler dans sa chambre. Entre temps, la fillette a confectionné des poupées en chiffon à l’effigie de ses parents. Sentant que la situation lui échappe, elle sort un vieux bouquin de thérapie de couple, qu’elle a retrouvé dans une poubelle de son école, et demande à que son papa et sa maman se réconcilient. Ne pouvant retenir ses larmes, Rose se penche sur ses poupées et les gouttelettes tombent sur les drôles de marionnettes… qui prennent vie.

Du rire…


Après une cinématique hilarante, durant laquelle Cody et May découvrent leur nouvelle condition de poupées de chiffon, l’aventure peut débuter. It Takes Two, jeu coopératif par excellence, remet au goût du jour le bon vieil écran splitté. Le gameplay se déroule à la manière de n’importe quel jeu de plate-forme en 3D. Accélération, double-saut, impulsion (un dash vers l’avant)… les commandes sont intuitives et chaque joueur appréhende l’environnement du quotidien à l’échelle de leur personnage minuscule. L’épopée de Cody et May débute dans le garage, les dialogues sont drôles, les mécaniques sont simples et on s’amuse ainsi à interagir avec différents interrupteurs et objets. Toute la progression repose sur la coopération et il est absolument impossible d’avancer sans coordonner ses actions avec sa ou son partenaire. On assiste à un véritable petit dessin animé bourré d’ingéniosité et d’idées géniales. Sans se rendre compte qu’il s’agit, en réalité, d’un simple tutoriel, point de départ d’une incroyable aventure !


… aux larmes


Petit à petit, on apprend à cerner le caractère de Cody et May et on découvre qu’ils sont un peu à l’image de Fabien et Emma dans la série Scènes de Ménage. Lui est assez posé et semble apprécier les choses simples de la vie comme la nature ou le jardinage tandis que son alter-ego est une femme au caractère bien trempé, ne reculant devant rien et s’adonnant, notamment, au bricolage. Cette dualité éclate ainsi au grand jour à mesure que l’on progresse et le jeu d’acteur, exceptionnel de naturel, permet de littéralement croire à la quête initiatique de nos deux énergumènes en chiffon. Le contraire serait d’ailleurs impossible tant les développeurs ont fait en sorte de surprendre le joueur. Et la surprise est omniprésente ! En vérité, Cody et May sont constamment affublés d’objets ou de gadgets qui leur permettent de progresser dans des environnements d’un improbable diversité. On y reviendra mais rares sont les jeux à proposer une telle variété d’action et d’objectifs. Quoi qu’il en soit, attendez-vous à utiliser des clous et un marteau, des aimants, un propulseur de miel, des armes, des bottes de gravité et bien d’autres. S’il demeure très terre à terre au début, It Takes Two devient peu à peu magique en propulsant le joueur dans des décors féériques. Pour ne pas gâcher la découverte, nous nous contenterons de dire que vous passerez du garage et du jardin à des lieux très colorés. Jouant constamment avec les émotions, l’œuvre de Hazelight est tout simplement extraordinaire, d’autant que la quête principale est régulièrement saupoudrée de mini-jeux délirants. Tape-taupes, circuit automobile, manège, bataille de boules de neige, course hippique… on ne compte plus les activités annexes ! It Takes Two a aussi la bonne idée de ne pas se limiter à l’écran splitté puisqu’il s’offre le luxe de séquences en plein écran où les deux protagonistes apparaissent en même temps. Il faut par exemple coordonner son déplacement sur un deltaplane, braver des chevaliers en vue aérienne à la Gauntlet, contrôler un bateau ou même fuir un danger imminent façon Indiana Jones et les Aventuriers de l’Arche Perdue. Les boss sont des chefs d’œuvre d’ingéniosité (là encore, on vous laisse le plaisir de la découverte) et on évolue sans s’ennuyer un seul instant grâce à un challenge adapté et une difficulté progressive. On passe ainsi son temps à être émerveillé en se disant : « Mais où, diable, les développeurs ont-ils été chercher tout ça !? »


Féérique, magique et indispensable


Josef Fares avait expliqué qu’il était prêt à donner 100 dollars à quiconque s’ennuierait dans son jeu et on peut dire qu’il avait raison d’être confiant à ce sujet. Mais on pouvait difficilement anticiper qu’It Takes Two allait être si charmant pour la rétine. C’est simple, plus on progresse et plus l’aventure met claque visuelle sur claque visuelle ! Les environnements sont, pour la plupart, absolument somptueux et ils sont parfois très vastes. On vous laisse découvrir le niveau par vous-mêmes mais le village dans les montagnes a été l’un de nos plus gros coups de cœur. Les lumières, les effets, les animations, l’infiniment petit qui rencontre l’infiniment grand… le titre d’EA surprend, passionne, émeut et bouleverse. C’est d’autant plus vrai que certaines séquences, notamment la glisse sur rails, offrent des moments d’adrénaline assez géniaux. Il est vrai que les énigmes ne sont pas toutes aussi inspirées mais on ne peut s’empêcher d’y voir des clins d’œil à notre enfance, certaines références cinématographiques étant sacrément bien vues – type Rasta Rockett. On pourrait parler des heures de cette œuvre et de son contenu tant on a pris du plaisir à découvrir l’aventure de Cody et May. Génial, malin, magique, convivial, long… It Takes Two coche toutes les cases du titre immanquable ! Parfois, on croit avoir tout vu… et on prend baffe sur baffe. Un pur chef d’œuvre !


VERDICT : CHEF D’OEUVRE


It Takes Two est un catalyseur d’émotions. Vingt ans après, il est à la convivialité (et à la féérie) ce qu’était GTA III à l’univers des mondes ouverts. Proposée à petit prix et débarquée en douce – comme pouvait m’être le titre de Rockstar – l’œuvre de Hazelight Studios est d’une telle générosité que les jeux du genre à venir risquent de nous paraître bien fades. Beau, intelligent, drôle, immersif, passionnant… il est probablement l’un des meilleurs jeux de ces dernières années et mérite amplement les commentaires positifs et autres distinctions prestigieuses. Ne passez pas à côté de cette pépite. 

Points positifs :

  • Un jeu d’une incroyable générosité
  • Les personnages hyper attachants
  • Les doubleurs sont exceptionnels
  • Musiques réussies
  • Graphismes inspirés et féériques
  • Des mécaniques ultra ingénieuses
  • Rarement une œuvre aura été aussi variée
  • Une mise en scène digne d’un Pixar

Points négatifs :

  • Décors du début moins enthousiasmants
  • Quelques failles techniques par endroits
  • Une caméra parfois dépassée

Éditeur : Electronic Arts / EA Originals / Développeur : Hazelight Studios / Genre : Action, Plate-formes, Coopération / Date de sortie : 26 mars 2021 / Nombre de joueurs : 2 (obligatoire, en local ou en ligne) / PEGI : 12 / Supports : PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X/S

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire