Wonder Boy Collection : Une compilation des classiques de Westone réussie

 

En 1980, Ryuichi Nishizawa, séduit par l’univers des jeux vidéo et la folie Space Invaders, obtient un emploi partiel durant ses études. Employé subalterne au sein de Tecmo (anciennement Tekan), il apprend les rouages de la création d’une œuvre. En tant qu’artiste, on lui demande de dessiner des éléments (son premier travail est un dessin de vaisseau spatial) sur une feuille quadrillée pour ensuite les reproduire sous la forme de sprites. Diplôme en poche, le garçon est définitivement embauché et rejoint un petit groupe de sept/huit personnes. Il ne le sait pas encore, mais quelques années plus tard, il sera à l’origine d’une licence culte de l’Histoire du jeu vidéo.

Lors de ses premières années au sein de Tekan, Nishizawa vit en collocation avec un ami et collègue, Michishito Ishizuka. Grâce à l’expertise de ce dernier, il apprend la programmation et le duo décide de se réunir pour créer des projets originaux. Malheureusement, Nishizawa est un peu paresseux et la bascule a lieu lorsque celui-ci, lassé de ses activités chez Tekan, quitte son poste pour rejoindre une compagnie appelée UPL (originellement Universal Playland). Sur place, il se fait de nouveaux collègues et sort très souvent le soir, provoquant l’ire d’Ishizuka. Après une bonne mise au point, les choses se tassent et les deux jeunes hommes poursuivent leur carrière respective, l’un chez Tekan, l’autre chez UPL. Fort de cette expérience, Nishizawa quitte UPL et co-fonde le studio indépendant Escape en attendant que son ancien colocataire, toujours chez Tekan, puisse le rejoindre. Escape deviendra Westone, contraction de Nishi (ouest > west) et Ishi (pierre > stone). Le duo (qui finira par se séparer de façon chaotique) donnera naissance à des jeux d’arcade qui seront ensuite achetés par les éditeurs. La série Wonder Boy, achetée par SEGA, sera leur plus grand succès.

Un premier grand succès

Premier jeu de cette compilation, Wonder Boy est le tout premier titre du studio Escape. À l’époque, Ryuichi Ishizawa est l’auteur de plusieurs jeux pour Tekan et UPL, mais c’est la première fois qu’il a une liberté totale. En association avec son ami d’alors, Michishito Ishizuka, l’intéressé élabore un jeu de plate-formes à défilement horizontal dans lequel le joueur avance en permanence (et non le décor !). « C’était trop difficile, je n’arrêtais pas de perdre, je n’arrivais pas à jouer à mon propre jeu. » (Rires), avoue-t-il. Il décide alors de corriger le concept en optant pour une progression plus classique (même si le personnage principal bouge sans arrêt ses jambes). Le jeu deviendra Wonder Boy et le skateboard est l’un des vestiges de la première tentative. Paru en 1986 sous l’égide de SEGA, le titre est aujourd’hui un très grand classique de l’univers du jeu vidéo. Dans cette compilation, c’est bien entendu la version arcade qui a été choisie et les joueurs peuvent, à loisir, modifier l’affichage (filtre, option CRT…), paramétrer le rembobinage ou encore sauvegarder à n’importe quel moment de la partie. Le gameplay, bien qu’un peu répétitif, est toujours aussi agréable à découvrir. Simple au premier abord, on s’aperçoit rapidement que le titre regorge de petites trouvailles (le marteau, le skate, les ennemis qui arrivent dans le dos, les boss, les bonus et malus…).

La terre des monstres

Conquis par Wonder Boy, SEGA achète le jeu pour enrichir son catalogue de jeux d’arcade. Grâce à cette nouvelle manne financière, Escape change de nom pour Westone et la petite firme déménage dans un nouveau bâtiment. Elle accueille de nouveaux employés, ce qui permet à Nishizawa et Ishizuka de nourrir leurs ambitions. Féru du RPG « Wizardry », le duo choisit de reprendre le lore de Wonder Boy pour en faire un jeu d’arcade mâtiné d’éléments de jeu de rôle. Un sacré pari ! C’est ainsi que naît l’histoire du jeune garçon très peu vêtu et qui doit gagner de l’expérience en récoltant de l’argent et en combattant. Ce qui est fort, c’est que Westone parvient à adapter ce principe à de l’argent réel ! Concrètement, le joueur obtient un bonus à chaque pièce mise dans la borne, ce qui le pousse à rajouter une seconde pièce, et ainsi de suite. Wonder Boy in Monster Land, qui propose les mêmes options (affichage, etc.), est lui aussi un classique qui a été adapté sur un nombre incalculable de supports. On débute sans rien et sans le sou. Puis, au détour d’une porte, on obtient sa première épée qui permet d’occire les serpents pour récupérer ses premiers deniers. Difficile, mais excellent, Wonder Boy in Monster Land est un titre prenant et très bien pensé, mais qui demande de sacrés réflexes au moment d’affronter les boss.

Le monde des monstres

Celui-là, il faut bien l’avouer, c’est mon chouchou dans la saga des Wonder Boy. À l’époque, je l’ai découvert sur Master System et je me souviens que mes frangins étaient déçus car tout était en anglais et qu’il ne s’agissait en rien d’un « simple » jeu d’action. Et pourtant, en m’efforçant à progresser, j’ai découvert un jeu magistral ! Reprenant la structure de Wonder Boy : The Dragon’s Trap, il met en scène un dénommé Shion dans une aventure action-RPG très prenante. La compilation profite ainsi de l’épisode Mega Drive paru en 1991 et on retrouve la patte graphique absolument unique et exquise de cette aventure aussi colorée et surprenante. On est constamment surpris par des idées drôles : l’ocarina, le petit elfe qui aide à débusquer des pièces et des entrées, les salles secrètes, les différents objets… tout cet ensemble participe à la qualité de l’épopée de Shion. Pour ne rien gâcher, les graphismes, animations et musiques sont très réussis ! Un indispensable de la collection !


Vole, cours, plane

Le dernier jeu de la compil’ n’est autre que Wonder Boy IV. Longtemps exclusif au Japon, cet épisode a fait l’objet d’un remake il y a quelques mois. Sans doute moins mémorable que ses confrères, l’aventure repose sur l’ajout d’une petite créature, le Pepelogoo, qui apporte un peu de renouveau. On peut en effet s’y agripper pour planer et atteindre des plate-formes éloignées. Malgré quelques défauts, comme une durée de vie plutôt courte (4/5 heures en ligne droite), c’est un épisode très joli et musicalement au top. Wonder Boy Collection est une compilation honorable qui aurait mérité d’être agrémentée de quelques jeux et bonus supplémentaires. Il y a bien une galerie bonus, mais elle ne comporte que des illustrations et jaquettes. Néanmoins pour celles et ceux qui veulent découvrir un pan intéressant de cette franchise, ce titre peut être une chouette initiative.

BON

Malgré quelques absences remarquées (comme The Dragon’s Trap), cette compilation se montre tout à fait correcte pour qui veut découvrir ou redécouvrir la série de Westone. Même s’il est regrettable que les nombreuses options (rembobinage, filtres, sauvegarde instantanée…) ne soient pas agrémentées de quelques bonus supplémentaires, le titre saura faire remonter bien des souvenirs aux plus nostalgiques. Visuellement, chaque épisode monte en puissance et c’est l’archétype de la compilation que l’on peut découvrir avec ses enfants. L’univers attachant et les différents personnages fonctionnent toujours en 2022 et on passe un très bon moment.

 

Points positifs :

Quatre jeux complets

Une petite galerie d’images

Des personnages et univers attachants

Les différentes options (filtres, etc.)

Visuellement et musicalement, c’est du bonheur !

 

Points négatifs :

On n’aurait pas dit non à des jeux supplémentaires

Des bonus beaucoup trop légers

Des jeux qui se terminent assez vite

 

Éditeur : ININ Games / Développeur : Westone Bit Entertainment / Genre : Action-RPG / Date de sortie : 3 juin 2022 / PEGI : 7 / Support :  PS4, Nintendo Switch

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