God of War Sons of Sparta : L'adolescence de Kratos au service d'un jeu 2D rétro plaisant

Pendant des années, l’E3 a été le rendez-vous incontournable des passionnés de jeux vidéo. Véritable vitrine de l’industrie, le salon donnait le ton pour les mois, voire les années à venir. Mais au-delà de l’événement en lui-même, ce sont surtout les conférences des constructeurs qui captaient toute l’attention. Souvent riches en annonces, certaines ont marqué l’histoire du média, comme l’annonce du remake de Final Fantasy VII ou le retour de Shenmue. Certes, les Game Awards de Geoff Keighley ont repris le flambeau, mais l’excitation n’est pas la même. Heureusement, certaines surprises réchauffent nos cœurs de gamers passionnés. Dernier exemple en date : l’arrivée totalement inattendue de God of War Sons of Sparta.



« Available… Today. »

Il y a un mois, Sony concluait son State of Play avec une surprise de taille. En parallèle du retour de la licence God of War, la firme japonaise révélait un spin-off de la célèbre saga. Par curiosité, je suis allé faire un tour sur YouTube et j’ai regardé des dizaines de réactions enjouées à propos de ce fameux « Shadow Drop » - un terme utilisé pour désigner un lancement fantôme. Dans ces moments-là, on se rend compte à quel point notre passion peut nous faire vivre des émotions fortes, dans un sens comme dans l’autre. Alors que la grande majorité des joueurs était euphorique au moment de l’annonce, la publication des premiers tests a rapidement semé la confusion et la déception. J’ai souvent tendance à dire que le monde du jeu vidéo peut se montrer immature, et God of War Sons of Sparta illustre assez bien ce sentiment. Sans chercher à défendre Sony à tout prix, l’éditeur a pris le temps de développer ce jeu pendant deux ans et il n’a fallu que quelques heures pour que le soufflé retombe. Cela devrait nous interroger sur le manque de recul dont fait parfois preuve notre univers de passionnés.


Un God of War sur PlayStation 1 ?

Fruit d’une collaboration étroite entre Mega Cat Studios (États-Unis, Philippines) et Santa Monica Studio, God of War Sons of Sparta se présente comme une préquelle adoptant une direction artistique en 2D. Prônant l’utilisation du pixel art, le projet est né d’une réflexion simple de l’équipe de développement : imaginer à quoi aurait pu ressembler un épisode de God of War sur la première PlayStation. De cette idée est né un titre jouable en solo et en coopération à deux joueurs, qui revisite l’univers de la saga sous un angle rétro, avec un Kratos adolescent et dépourvu de tout pouvoir divin. Dans son périple, il est accompagné de son frère Deimos, jamais le dernier pour faire les quatre cents coups. Développé avec Unity, le jeu arbore des graphismes réalisés à la main d’une grande finesse. L’aventure, quant à elle, reprend les codes des jeux God of War avec des environnements en pixel art inspirés de la Grèce antique et une musique signée par Bear McCreary, le compositeur des deux derniers volets de la série.


God of War Sons of Sparta est un jeu d’action/aventure reposant sur des composantes RPG. Basés sur le timing, la parade et l’esquive, les combats mêlent des offensives à la lance et l’utilisation d’une fronde pour les attaques à distance. La progression adopte un style metroidvania dans le sens où on évolue à travers une carte dont certaines zones sont inaccessibles. L’obtention de pouvoirs (Buste de Lycurge, Cadeaux de l’Olympe…) et l’amélioration des compétences (Agressivité offensive, Instinct défensif) sert ensuite à atteindre de nouveaux biomes en profitant de la montée en puissance de Kratos et de son cadet, Deimos. Comme expliqué plus haut, de nombreuses critiques ont été rédigées après la sortie du jeu et les retours oscillent entre le correct et le passable. Personnellement, j’ai trouvé le jeu solide, avec de beaux graphismes, des animations plutôt soignées et un gameplay dynamique, même si le manque de punch peut se faire sentir. Le plus gros défaut, à mon sens, réside dans les ralentissements qui apparaissent lors des combats contre les boss. Cela peut paraître incompréhensible, mais il semblerait que des modèles 3D aient été réalisés avant d’être convertis en pixel art. Un patch ne serait pas de trop pour gommer cette faille. Même si God of War Sons of Sparta peut paraître un chouilla moins travaillé que certaines pépites du genre (Blasphemous & Co.), on passe un bon moment. La mise en scène est réussie, les voix sont en français (la doubleuse de Calliope a une voix trop mimi) et le scénario permet de comprendre l’évolution du personnage de Kratos. Mais alors, c’est quoi le problème ?


Un God of War version Djeun’z

En voyant débarquer un jeu God of War en 2D, de nombreuses personnes s’attendaient à retrouver la patte des épisodes 3D en pixel art. Cruelle erreur. Mega Cat Studios a transposé l’univers du spartiate dans une aventure 2D, mais en suivant sa propre direction. Par conséquent, on se trouve en présence d’un Kratos ado qui n’a absolument pas l’expérience d’un Kratos adulte. Cela implique forcément des coups moins puissants, une rage moins prononcée et inexorablement un personnage plus lisse. Pour atténuer ce sentiment, les développeurs ont misé sur des traits d’humour en cassant les codes de la franchise. Et forcément, cela peut décontenancer, d’autant que le bestiaire – et donc les boss – est moins spectaculaire que celui que Kratos adulte peut affronter. Donc oui, c’est un peu générique parfois, ça manque de consistance, mais ce n’est pas un mauvais jeu. L’histoire entre Kratos et Deimos est intéressante, même si on aurait aimé un peu plus de surprises au final.


Pour un titre qui n’était pas attendu, God of War Sons of Sparta fait franchement le job, l’ambiance est cool et la relation entre Kratos et son frère amène une humanité nouvelle au personnage. En choisissant de créer un jeu avec un Kratos ado, les développeurs savaient probablement qu’ils allaient diviser la communauté, mais cela n’enlève en rien les nombreuses qualités de cette œuvre. Sans être parfait, God of War Sons of Sparta représente une base solide pour une possible suite.
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