Darwin's Paradox : Poulpe Fiction n'a qu'à bien se tenir !

L'année 2026 s'annonce riche en sorties jeux vidéo, et ce printemps est là pour nous le prouver. Très attendu, Darwin's Paradox est le nouveau plateformer en 2,5D à ne pas manquer. Réalisé par des Frenchies bien de chez nous, cette œuvre retrace l'escapade totalement folle d'un poulpe au regard aussi vitreux qu'attachant. Entre phases d'infiltration, séquences de poursuite et mécanismes environnementaux, ce titre digne d'un film d'animation m'a totalement charmé. Sans attendre, place au verdict !

Avant de nous intéresser au jeu en lui-même, faisons un petit point historique. Darwin's Paradox tire son nom d'un concept scientifique imaginé par Charles Darwin au milieu du XIXe siècle. Lors d'un voyage dans l'océan Pacifique, le naturaliste est stupéfait par la biodiversité foisonnante des récifs coralliens, alors qu'il évolue dans une zone géographique quasi absente en nutriments. Il se pose alors une question : comment une telle abondance de vie marine est-elle possible dans un environnement océanique aussi pauvre ? Il faudra attendre de nombreuses années de recherches et d'expériences scientifiques pour obtenir une réponse. Ce que l'on découvrira, c'est que les récifs coralliens parviennent à renouveler leurs ressources en circuit fermé, permettant à tout un écosystème de s'épanouir. Vous l'aurez compris, Darwin's Paradox tire justement son nom de cette merveille de la nature – et c'est tout naturellement que les développeurs de ZDT Studio ont baptisé leur personnage Darwin. Maintenant, père Castor, place au jeu !

Darwin's Paradox est attendu depuis de longs mois, et ce n'est pas un hasard. Au-delà de sa réalisation digne d'un film d'animation, le jeu met en scène un personnage – ou plutôt un animal — dont les capacités réelles sont pleinement exploitées. Par le passé, d'autres productions ont bien tenté de mettre en scène des calamars ou des poulpes, mais la particularité de Darwin's Paradox, c'est que l'on incarne un véritable céphalopode, et non un avatar fantasmé comme dans Splatoon. À la manière du véritable animal, Darwin se déplace à l'aide de ses tentacules et l'humidité naturelle de son corps lui permet de s'accrocher aux parois. On peut alors progresser à la verticale, voire au plafond selon les situations. Le naturel des déplacements de l'animal est déconcertant. De quoi être sous le charme en quelques secondes !

En plus de sa capacité à cracher de l'encre pour se sortir d'une mauvaise passe – notamment lors de rencontres avec des créatures hostiles –, Darwin peut se camoufler aux yeux des prédateurs ou des humains mal intentionnés. Ce qui est génial, c'est que toutes ces aptitudes reposent sur les capacités réelles de l'animal. Il suffit de visionner sur Internet quelques séquences de fuite de poulpes en situation de danger pour s'en convaincre : c'est absolument stupéfiant, tant par l'ingéniosité que par la rapidité des comportements. Pour fuir des anguilles ou murènes, on y voit des poulpes se plaquer au sol et tirer de l'encre d'un côté pour s'échapper de l'autre. Les développeurs de ZDT Studio se sont probablement inspirés de ces vidéos pour concevoir les différentes séquences de gameplay et le résultat est franchement à la hauteur.

Encore plus fort : les concepteurs sont parvenus à rendre palpable l'inconfort de l'animal hors de l'eau, ce qui contraste avec son aisance naturelle dans un milieu aquatique. Sous la surface, Darwin est dans son élément – mobilité à 360 degrés, vitesse déconcertante, liberté totale de mouvement. Sur la terre ferme, en revanche, ce n'est même pas la même limonade. Le céphalopode est plus lourd et il est à moins à l'aise, mais les commandes restent agréables. En matière d'interactions, le poulpe peut, à l'image d'expériences menées en conditions réelles, s'accrocher à des éléments de décor et les actionner pour déclencher différents mécanismes. On prend un plaisir immense à incarner cet animal, d'autant que le jeu affiche une densité qui fait plaisir à voir. Non pas qu'il soit très long – comptez environ six heures de jeu –, mais la variété et l'ingéniosité des phases de gameplay compensent largement.


Rempli de bonnes idées, Darwin's Paradox parvient à nous surprendre tout au long de sa progression. En début de partie, le poulpe Darwin est extirpé de son océan natal et se retrouve au beau milieu d'une décharge jouxtant une usine agroalimentaire, un environnement qu'il doit appréhender avec finesse. Toute la première partie repose sur une sorte de tutoriel où Darwin doit utiliser ses différentes capacités pour franchir certains obstacles, notamment une zone contaminée qu'il lui faut exploiter à son avantage. Les rats des égouts n'attendent qu'une chose : croquer un bout de pieuvre. Pour les éloigner et se faire la malle, le céphalopode doit utiliser le liquide fluorescent pour retrouver l'extérieur – ce qui le propulse au beau milieu de l'usine et déclenche une catastrophe en véritable effet domino. Dès lors, il doit tenter de rejoindre l'océan en se méfiant d'une mouette un peu trop collante, de divers prédateurs et d'humains peu recommandables.


Konami oblige, le jeu s'offre un clin d'œil rigolo, notamment sonore, à la saga Metal Gear Solid. Darwin's Paradox parvient ainsi, par petites touches, à nous offrir de l'infiltration digne de Snake, des séquences de courses-poursuites haletantes – notamment avec un poisson des abysses –, ou encore plusieurs phases de puzzles environnementaux, avec notamment un passage dans des roues crantées qui demandent pas mal de dextérité. L'autre trouvaille de ce studio réside dans l'absence totale d'interface. On profite ainsi d'un visuel chatoyant sans être parasité par un HUD encombrant. Mieux : au bout d'un certain nombre de tentatives infructueuses, le jeu nous invite à appuyer sur la touche SELECT – ou son équivalent – pour faire apparaître une aide salvatrice.

Durant six heures, on vit ainsi une aventure assez dense, portée par une mise en scène digne d'un film d'animation. Les personnages sont géniaux, les graphismes souvent exceptionnels, et les différents effets spéciaux – que ce soit l'eau, le feu, l'électricité ou la pluie – confèrent un caractère presque organique aux décors traversés. Darwin's Paradox démontre que l'on peut véritablement s'éclater sans aller chercher du côté du triple A. Pour un premier jeu, ZDT Studio, constitué de transfuges d'Arkane Lyon, signe un véritable coup de maître.
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