Directive 8020, Forza Horizon 6 et LEGO Batman : un mois de mai sous le signe de la diversité

Ces dernières semaines, dans le cadre de mon activité professionnelle, j'ai été amené à tester plusieurs jeux qui méritent l'attention des gamers que nous sommes. Petit tour d'horizon.

Dans l'espace, personne ne vous entend crier

Le premier d'entre eux se nomme Directive 8020. Cinquième épisode de la licence The Dark Pictures du studio Supermassive Games, il s'agit d'une aventure qui s'imprègne des codes de la science-fiction horrifique des années 80, lorgnant ouvertement du côté d'Alien de Ridley Scott et de The Thing de John Carpenter.

L'histoire se déroule à douze années-lumière de la Terre, à bord du Cassiopeia, un vaisseau colonisateur dont l'équipage a pour mission d'atteindre Tau Ceti f, exoplanète susceptible de remplacer notre planète bleue en perdition. Lorsqu'une brèche béante apparaît dans la carcasse du vaisseau, deux membres de l'équipage sortent constater les dégâts. Cette séquence, qui fait office de prologue, n'est que le début d'une épopée claustrophobique faite de sueurs froides, de morts en cascade et d'une créature venue d'ailleurs, capable de prendre l'apparence de ses proies.

La particularité de Directive 8020 est de proposer un jeu dans la veine de The Quarry ou Until Dawn, mais avec plus de souplesse dans les déplacements, l'utilisation de gadgets variés et la possibilité de revenir juste avant un choix crucial pour en modifier la trame scénaristique. Pour les puristes, un mode survie traditionnel désactive ce retour en arrière.

Supermassive Games signe une atmosphère vraiment prenante, avec des personnages intéressants quoique volontairement caricaturaux, et des situations bien amenées. Le titre ne révolutionne pas le genre, mais on sent que le studio a su transposer les codes de la licence à une épopée spatiale percutante. Tout n'est pas parfait (quelques bugs subsistent et certaines situations paraissent un peu tirées par les cheveux), mais l'ambiance réussie et l'excellent doublage anglais méritent qu'on s'y attarde. J'y ai pour ma part passé un très bon moment.

Le Japon fantasmé de Forza Horizon 6 m'a juste scotché

Cette fin du mois de mai est également marquée par l'arrivée tant attendue de Forza Horizon 6. La destination était réclamée par la communauté depuis des années, et cet épisode démontre qu'on a bien fait de patienter. Playground Games – le studio à l'origine de la série, qui planche par ailleurs sur le prochain Fable – a engrangé une sacrée expérience et signe un jeu absolument remarquable.

Forza Horizon 6 est une véritable lettre d'amour à un Japon fantasmé. On y traverse Tokyo, recréée avec un niveau de détail inédit pour la série, avant de partir sillonner les campagnes, les routes de montagne et les abords du mont Fuji. Le jeu s'amuse aussi à embrasser les codes de la culture automobile nippone : on y retrouve évidemment le fameux Touge sur les pentes du mont Haruna – théâtre mythique d'Initial D. Les sensations du drift sont géniales et on en redemande ! Playground a d'ailleurs travaillé avec une consultante culturelle japonaise, et cela se sent à chaque virage.

Le titre reprend toutes les bases des épisodes précédents pour les transposer dans un Japon d'une beauté exceptionnelle. On en prend plein les yeux, et les neuf stations radio, dont trois entièrement consacrées à la scène musicale locale – entre J-pop, City Pop et J-rock – pousse l'immersion à son paroxysme. Le résultat est assez génial : carte immense, activités et défis en pagaille (courses, compétitions multijoueur, radars, événements spéciaux) et moments uniques comme cette rencontre avec un mecha qu'on croirait tout droit sorti d'un épisode de Gundam. Rajoutez à cela la modélisation magistrale des 550 bolides et vous aurez une idée de ce qui vous attend.

À ce titre, l'absence pure et simple de doublage français dans Forza Horizon 6 est franchement dommageable. Le contrat proposé aux comédiens VF par Microsoft contenait en effet une clause autorisant l'éditeur à utiliser leurs enregistrements pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle, ouvrant la porte à une exploitation future de leurs voix sans nouvelle prestation ni rémunération équivalente. Les doubleurs français ont refusé de signer, et ils ont eu mille fois raison. L'IA est un outil formidable lorsqu'elle est utilisée à bon escient, mais s'approprier ainsi la matière vocale d'un comédien (son outil de travail, son identité artistique) relève clairement de la ligne rouge.

Que ce soit en solo, en multijoueur ou dans le renouvellement des objectifs, Forza Horizon 6 est assurément l'épisode le plus abouti en matière de finition. Même si le nombre de biomes est inférieur à l'incroyable carte mexicaine de Forza Horizon 5, les environnements sont si variés qu'on en prend plein la rétine pendant des heures et des heures.

Ce jeu, je l'attendais énormément. J'avais une envie folle d'arpenter ce Japon qui faisait tant rêver. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'attente est plus que récompensée. Forza Horizon 6 est une véritable bombe pour toutes celles et ceux qui aiment les jeux de course arcade accessibles et spectaculaires. Si vous aimez la série, ne passez pas à côté de ce pur bijou.

Dans la nuit noire de la chauve-souris

Pour le troisième et dernier jeu, je ne pouvais passer sous silence l'excellent LEGO Batman : L'Héritage du Chevalier Noir. Alors que la franchise des jeux LEGO tournait un peu en rond, l'équipe de TT Games – déjà à l'origine du remarquable LEGO Star Wars : La Saga Skywalker – est parvenue à renouveler la formule en proposant un monde ouvert cohérent et respectueux de l'univers de l'homme chauve-souris.

L'aventure prend place dans une Gotham City authentique, frappé d'une touche LEGO reconnaissable entre mille et respectant tous les codes des œuvres estampillées DC Comics. Les développeurs se sont inspirés des films les plus emblématiques du personnage, mais aussi de la mythique série animée Batman The Animated Series pour élaborer la direction artistique et le scénario du jeu. On explore Gotham en totale liberté avec une bonne dose d'action, d'exploration, d'infiltration, d'activités secondaires et, bien sûr, des fameuses énigmes de l'Homme-Mystère.

La réalisation est très propre, soutenue par des effets visuels superbes – il suffit de grimper au sommet des bâtiments les plus élevés de la ville pour mesurer le niveau général du jeu. Techniquement, les modélisations sont soignées, l'animation très réussie, et on prend un malin plaisir à évoluer dans cet univers gorgé d'humour, de situations loufoques et de PNJ qui n'arrêtent pas de jacasser. On peut aussi prendre le volant de la Batmobile (y compris le légendaire Tumbler), enfourcher une Batcycle ou déployer le Batplaneur pour traverser la ville de part en part. Chaque personnage jouable – Batman, Robin, Nightwing, Batgirl, Jim Gordon, Catwoman ou encore Talia – dispose de ses propres compétences et gadgets, ce qui apporte une vraie variété d'approches.

LEGO Batman : L'Héritage du Chevalier Noir est un titre qui aurait pu être un peu plus long en matière d'histoire, mais qui propose une telle densité d'activités annexes qu'on y revient sans cesse. Les voix françaises sont excellentes, et cela démontre tout l'intérêt d'avoir de véritables comédiens aux commandes plutôt que de la synthèse vocale. LEGO Batman : L'Héritage du Chevalier Noir est un jeu absolument immanquable si vous aimez les productions LEGO en général, et plus encore l'univers de Batman. J'ai adoré ! 

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