Grand passionné d’émulation devant l’Éternel, j’ai constaté ces dernières semaines de nettes avancées sur des consoles majeures. Je me souviens encore de mes premières tentatives d’émulation Nintendo 64, à la fin des années 1990, avec un Super Mario 64 qui se traînait péniblement à 3 ou 5 images par seconde. Mon ordinateur de l’époque n’était certes pas une bête de course, mais jamais je n’aurais imaginé que l’émulation atteigne un jour un tel niveau de précision. L’occasion de faire le point sur les forces en présence dans cet univers passionnant.
Après un premier essai concluant avec la PSP, Sony lance en Europe, en février 2012, sa nouvelle console portable : la PS Vita. Pour les besoins de mon travail, je l’ai achetée le jour de sa sortie, et je me souviens précisément de ma stupéfaction en lançant l’un des titres du jour J, Uncharted : Golden Abyss. J’étais scotché par des graphismes dignes d’une PS3, sur une petite machine dotée d’un écran OLED de cinq pouces. Se retrouver avec une aventure de Nathan Drake dans la poche, c’était franchement une révolution dans le monde des consoles portables. Bien d’autres jeux spectaculaires ont suivi, de Ridge Racer à Gravity Rush, en passant par Killzone : Mercenary ou Wipeout 2048.
Indiana Drake
Pendant des années, l’émulation de la PS Vita a pourtant eu du mal à décoller, et Golden Abyss est longtemps resté injouable. On pouvait certes le lancer, mais dès la première mission, l’émulateur se figeait et c’était le retour au bureau Windows en quelques secondes. L’autre jour, profitant d’un moment libre, j’ai relancé Vita3K, et j’ai été totalement abasourdi par le chemin parcouru. Non seulement Golden Abyss tourne très bien, mais la compatibilité avec le reste de la ludothèque a largement progressé. Ajoutez à cela des options de confort qui boostent l’expérience, et vous obtenez tout simplement l’une des plus belles avancées de l’année en matière d’émulation.
Poivre et Cell
Elle est loin, l’époque où l’on pensait que la Saturn, console de Sega réputée difficile à programmer, était impossible à émuler. Aujourd’hui, la machine dispose d’émulateurs très aboutis, que l’on retrouve notamment sur l’excellent système Recalbox. D’autres consoles ont elles aussi profité d’un sacré coup d’accélérateur. À commencer par la PlayStation 3 : son émulateur, RPCS3, fait désormais tourner plus de 70 % de la ludothèque de la machine de Sony. Et la communauté est si active qu’elle propose des patchs pour débloquer les 60 images par seconde dans certains jeux, à l’image de Demon’s Souls.
Halo, la Terre ?
Chez Microsoft, la Xbox et la Xbox 360 ne sont pas en reste, la première avec xemu, la seconde avec Xenia. Là encore, on a longtemps cru la première Xbox impossible à émuler, et pourtant xemu fait aujourd’hui tourner environ 80 % de ses jeux. Outre les jeux Halo, il permet de redécouvrir des exclusivités de la machine comme Jet Set Radio Future, Panzer Dragoon Orta ou Midtown Madness 3, sans oublier Wreckless, vitrine technologique de la console à sa sortie. Du côté de Xenia, le bond en avant est tout aussi impressionnant, et l’on sent que les développeurs de ces programmes sont de vrais génies. Non seulement les jeux tournent de mieux en mieux, mais les émulateurs proposent désormais des options qui rendent l’expérience encore plus agréable que sur la console d’origine.
Détente en 4K
J’en ai eu la preuve récemment en relançant Wii Sports Resort sur Dolphin, l’incontournable émulateur GameCube et Wii, et j’ai tout simplement halluciné. J’adore ce jeu pour ses balades en avion au-dessus de l’île, et les redécouvrir en 4K est un vrai bonheur. Surtout, il suffit d’une DualSense de PS5 et de son gyroscope pour mettre la Wiimote au placard. C’est pratique, ça marche à merveille, et je me dis que ce serait très sympa de refaire la trilogie Metroid Prime dans sa version Wii de cette manière.
Bref, l’émulation atteint aujourd’hui un niveau qu’on aurait cru inatteignable il y a encore deux ou trois ans. Encore faut-il disposer d’une machine capable d’encaisser une telle charge. Car émuler une console demande bien plus que sa puissance d’origine : la Dreamcast se contentait d’un processeur cadencé à 200 MHz, mais il faut aujourd’hui une puce de plusieurs gigahertz pour la faire tourner correctement. Et plus l’architecture à reproduire est complexe, plus l’écart se creuse. Quoi qu’il en soit, la relève est déjà en marche : l’émulateur shadPS4 fait tourner Bloodborne sur PC, et il sera passionnant de voir où en sera l’émulation de la PS4, de la PS5 ou de la Xbox Series dans quelques années. Une chose est sûre : le Super Mario 64 poussif de mes débuts semble aujourd’hui appartenir à la préhistoire.



