19 oct. 2020

Mafia Definitive Edition : Une œuvre immersive, viscérale et passionnante

Depuis des décennies, l’univers de la mafia, avec ses codes et ses principes, intrigue et inspire. Du septième art au jeu vidéo, nombreuses sont les œuvres à s’être intéressées à ces organisations criminelles aux ramifications diverses. Tout le monde a gardé à l’esprit les séquences cultes du film Le Parrain de Francis Ford Coppola, campé par des acteurs au sommet de leur art. Dans l’univers numérique, cette thématique a été également maintes fois traitée et c’est aujourd’hui le bien-nommée Mafia qui revient avec une édition remastérisée du premier épisode. Un véritable film interactif, passionnant et viscéral qui nous a tout simplement scotchés. 


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Années 30, Lost Heaven. En pleine période de prohibition, le peuple survit tant bien que mal après le krach boursier de 1929. L’emploi se fait rare, la corruption est à chaque coin de rue et les trafics de toute nature gangrènent la métropole. Thomas Angelo est un chauffeur de taxi qui ne comptent pas ses heures pour joindre les deux bouts en ces temps de Grande Dépression. Célibataire sans enfant, il tente, comme tant d’Américains frappés par la crise, de maintenir un certain niveau de vie. Et puis, un soir, tout bascule…

Wrong time, wrong place

Alors qu’il termine sa tournée, l’homme est alpagué par deux individus qui lui ordonnent, sous la menace, de prendre le volant pour échapper à des hommes armés. Lors de cette séquence, le joueur fait connaissance de Paulie et Sam, deux figures notoires du jeu. Le duo – au tempérament bien différent – travaille pour le compte de Don Salieri, le parrain de la famille éponyme. Au terme d’une course-poursuite haletante dans les rues de Lost Heaven, le bon vieux Tommy parvient à semer les poursuivants et déposent ses passagers, dont l’un est amoché, à un bar servant de Q.G à tout ce petit monde. Après avoir ramassé un beau pactole en guise de remerciements, Tommy Angelo rentre chez lui en se disant que cette parenthèse enchantée (bien que mouvementée) est une belle revanche sur les évènements sociaux du moment. C’était sans compter sur les hommes de la famille rivale, les Morello...

Hangar 13, le studio en charge du développement, a su profiter du matériau d’origine de 2002 pour livrer une œuvre incroyablement vivante et immersive. Un simple coup d’œil à l’introduction du jeu suffit d’ailleurs à donner le Don… pardon, le ton. Via un travelling cinématographique, la caméra nous offre les panoramas extraordinaires de Lost Heaven. La métropole, qui est un mélange de New York et San Francisco, propose plusieurs quartiers aux architectures diverses ainsi qu’une zone rurale menant à l’aéroport. Portée par une musique fabuleuse, cette intro en dit long sur l’aventure qui nous attend.

Deux places pour un prétendant

Raconté sous la forme d’un long-métrage interactif, Mafia Definitive Edition tire les ficelles des jeux à la Grand Theft Auto. Entre deux séquences relatant le fil de l’histoire, le jeu convie le joueur à des phases de gameplay oscillant entre de l’exploration, de l’infiltration, des courses-poursuite ou encore des gunfights à la troisième personne. L’ensemble est plutôt classique mais les développeurs de Novato ont veillé à optimiser les modèles physiques de l’original. La conduite tout comme les séquences de gunfights sont mieux calibrées. Les combats à mains nues sont, eux aussi, intéressants mais manquent de variété. Il suffit en effet de frapper son vis-à-vis à plusieurs reprises et ensuite appuyer sur un simple bouton pour déclencher un finish move. On aurait aimé qu’il y ait plus de variations dans les enchaînements. Par moments, Mafia accuse son ancienneté en termes de mécaniques et ces tares sont encore plus marquantes pour l’intelligence artificielle. Jamais très fûtée, souvent étrange, elle est assurément l’aspect qui aurait le plus besoin d’un patch. De là à dire que ça entache l’expérience ? Pas vraiment. On est plus que jamais embarqué dans la même galère que Tommy et les missions parviennent suffisamment à se renouveler pour ne pas tomber dans une redondance qui fasse lâcher la manette. L’histoire a d’ailleurs cette bonne idée de ne pas s’étirer en longueur, si bien que les évènements s’enchaînent assez vite et qu’on subit de plein fouet l’ascenseur émotionnel vécu par le personnage principal. Il y a aussi plein de bonnes idées, comme le fait d’activer le limitateur de vitesse pour traverser la cité sans encombre. On apprécie aussi la vitesse de certains véhicules alors qu’on aurait pu craindre un côté un peu trop « dominical » au vu de l’époque. Certaines personnes regretteront que les missions secondaires et activités annexes ne vont pas plus loin mais cela montre une autre réalité qui participe à l’immersion : les développeurs ont eu le temps de peaufiner leur aventure, de prendre au sérieux les différents doublages et de pousser la refonte à son paroxysme. Et ça change tout !

Scarface

Mafia Definitive Edition affiche une plastique de toute beauté. Au-delà de l’évolution purement technique, c’est tout simplement impossible de revenir à l’original. Lost Heaven est beaucoup plus vivante et parvient à reproduire les « fourmilières citadines » de ces années-là. La qualité des visages et de la synchronisation labiale apporte beaucoup au récit et il est difficile de décrocher, surtout quand on parcourt la ville, de nuit, illuminée de tous ses néons. Là où le jeu fait très, mais alors très fort, c’est dans ses doublages en français. Excellents en V.O, ils le sont tout autant dans la langue de Molière. On sent que les acteurs ont véritablement pris du plaisir à camper leur personnage. Au casting, on retrouve Alexis Ballesteros, Thibault Belfodil, Jim Redler, François Hatt, Garance Thénault (actrice de talent que les amateurs de jeux vidéo connaissent sans doute car elle a été animatrice sur Jeux Actu il y a plusieurs années de cela), Vincent Violette, Jérémie Covillault, Matthieu Albertini ou encore Xavier Fagnon. On ne va pas faire l’étalage de leur carrière mais il suffit de s’intéresser à chaque nom pour comprendre qu’on se trouve dans la cour des grands. Et inévitablement, cela fait passer le jeu dans une autre dimension. Couplés aux graphismes de toute beauté et aux expressions faciales criantes de réalisme, ces doublages apportent une crédibilité unique à une histoire de mafia qui accroche au fauteuil. C’est d’autant plus marquant lors de certaines séquences, notamment lors des briefings de Don Salieri.

Proposé à moins de quarante euros, Mafia Definitive Edition est une formidable plongée dans l’Amérique des années 30, à une époque marquée par des personnages aussi célèbres que John Dillinger et, bien sûr, d’Al Capone, même si la période traitée est plutôt celle de sa fin de règne. Quoi qu’il en soit, vous ne sortirez pas indemnes de l’incroyable destinée de Tommy Angelo.

VERDICT DU RÉDACTEUR : EXCEPTIONNEL

Un coup de cœur, un véritable coup de cœur ! Mafia décoche une droite et cloue au fauteuil, un peu comme les pauvres débiteurs de Salieri devant se farcir la furie de Paulie. Si certains défauts persistent (I.A, clipping sur certains décors, gameplay assez conventionnel…), le titre du studio Hangar 13 est si prenant qu’on oublie vite tous ces petits désagréments. Le travail sur la narration et la mise en scène est dantesque et l’ensemble, vendu à petit prix, mérite vraiment de figurer dans votre ludothèque.

Points forts :

· V.F absolument géniale

· Visuellement superbe

· Des missions bien amenées et intéressantes

· Une ville superbement reproduite

· Musiques très réussies

· Durée de vie très correcte

· Son prix accessible

Points faibles :

· L’IA pas très fûtée

· Un peu de clipping dans certains coins de la ville

· Des bugs peuvent apparaître durant l’aventure

· Quelques imprécisions

Éditeur : 2K Games – Développeur : Hangar 13 – Genre : Aventure/Action – Date de sortie : 25 septembre 2020 – Plate-formes : PS4, Xbox One, PC

6 oct. 2020

Générations Jeux Vidéo - Sortie le 29 octobre

Mon livre Générations Jeux Vidéo, qui retrace plusieurs décennies d'Histoire, sortira le 29 octobre prochain. Fruit de longs mois d'écriture et de conception, cet ouvrage - à la forme encyclopédique - se veut didactique et facile d'accès. GM Éditions m'a contacté à la fin de l'année 2018 et m'a donné carte blanche pour réaliser un livre sur les jeux vidéo. Cet éditeur publie de superbes bouquins traitant du sport, du cinéma ou encore de la musique et j'ai réfléchi à un contenu qui se rapproche de ce qu'ils faisaient. J'ai alors fait un constat simple…

De nos jours, le jeu vidéo est un loisir d'une richesse absolument stratosphérique. On peut y jouer sur PC, sur consoles, sur nos mobiles, sur nos tablettes… le média est partout ! Paradoxalement, alors qu'il s'adresse à de plus en plus de monde, il demeure complexe, met en lumière de nombreux termes techniques et fait appel à de multiples références. L'idée de Générations Jeux Vidéo est née de cette envie de raconter l'histoire du jeu vidéo au plus grand nombre, avec des mots accessibles. 

La première partie est ainsi historique et relate le parcours de William Higinbotham, de Ralph Baer ou encore de Steve Jobs, le défunt emblématique patron d'Apple. D'un jeu de tennis sur oscilloscope à la micro-informatique en passant par les consoles, les salles d'arcade ou la réalité virtuelle, Générations Jeux Vidéo revisite plusieurs décennies de divertissement - et de destins liés à notre histoire, parfois très sombre. 

Et comme le jeu vidéo est un amusement, j'ai voulu y ajouter de la légèreté et de fun. Voilà pourquoi la seconde partie est une compilation de jeux, d'ordinateurs et de consoles, avec un rendu très visuel pour se rappeler de nombreux souvenirs.

Je participe actuellement à une série d'interviews pour parler du livre et du jeu vidéo. Je les posterai au fur et à mesure sur le blog. 

Générations Jeux Vidéo sera disponible, exclusivement, sur le site de l'éditeur GM Éditions (et en librairie en 2021) : https://gm-editions.com/produit/generations-jeux-videos/



Interview pour Breizh-info.com




2 août 2020

Astérix : Par Toutatis, voici les coulisses !

À l'inverse de certains joueurs, je garde un bon souvenir des jeux Infogrames (malgré leur difficulté certaine) et j'ai toujours aimé les jeux Astérix. J'ai notamment passé des heures sur le premier Astérix paru sur Game Boy puis, plus tard, sur Super Nintendo. Il y a quelques années de cela, j'ai réalisé un dossier sur les coulisses de création des jeux pour le mook des Éditions Pix'n Love et j'avais adoré m'entretenir avec les équipes françaises et espagnoles de l'époque. Tout récemment, j'ai pu obtenir de nouveaux témoignages et j'ai décidé de faire une sorte de grosse mise à jour - sans vraiment de limite de texte, web oblige. 

Les coulisses d'Astérix chez Infogrames, avec les témoignages de Stéphane Baudet, Xavier Schon, Alberto José González et Isidro Gilabert, sont à découvrir sur Jeuxvideo.com.

Bonne lecture !



15 juil. 2020

The Last of Us Part II : Le prix de la vengeance

Épilogue d’un dur labeur de plusieurs années, The Last of Us Part II est probablement l’un des derniers chants du cygne d’une PlayStation 4 qui va, peu à peu, tirer sa révérence pour laisser la place médiatique à sa petite sœur. Propulsée par Neil Druckmann, qui a dû se passer des services de Bruce Straley, la suite des aventures de Ellie et Joel est une ode violente, viscérale et puissante. Nul ne sait à quoi aurait ressemblé The Last of Us Part II si le duo avait été le même que pour l’original mais il y a des partis pris, assumés, qui ne pourront être acceptés par tout le monde – et pas uniquement pour la brutalité du propos. Dans sa démarche, on imagine sans mal que The Last of Us Part II a été l’épicentre de nombreux débats en interne et on peut le comprendre. Le jeu est l’œuvre d’un auteur, guidé par plusieurs têtes pensantes et une équipe ultra talentueuse, qui peut surprendre (en bien ou mal) et qui n’hésite pas à aller dans la surenchère lorsque le récit l’exige. Il m’aura fallu un mois pour le terminer et donc le prendre avec le recul nécessaire. Grand jeu, c’est certain. Chef d’œuvre au même titre que le premier épisode, c’est déjà plus contestable. The Last of Us Part II est un titre-choc qui porte les ecchymoses d’un développement qui a véritablement laissé des traces et qui risque fort de marquer notre mémoire à jamais.
Avant de conter ce nouveau chapitre, revenons un instant sur le premier The Last of Us. Fruit de multiples inspirations cinématographiques comme littéraires, la quête de Joel et Ellie est née après la visualisation, par Druckmann et Straley, d’un documentaire diffusé sur la BBC et racontant comment une fourmi infectée par le cordyceps, un champignon parasitaire, perd tout contrôle. Les spores du champignon viennent en effet se greffer sur la tête de l’insecte et parasite la communication entre le cerveau et les membres. Les deux compères se sont alors posés la question d’un tel impact sur l’être humain et ce fut l’idée de base de The Last of Us. Ensuite, au gré de leurs recherches et de leurs connaissances, ils ont imaginé une histoire puisant dans diverses œuvres comme City of Thieves, la Route, Je suis une légende ou encore The Walking Dead. Au-delà de son contexte post-apo-épidémique, The Last of Us est surtout une fable violente relatant comment deux humains – que tout oppose – vont peu à peu tisser des liens père/fille et créer une forme d’humanité dans un monde en totale perdition, symbolisé par des ignominies qui n’ont plus rien d’humain. The Last of Us, par la noirceur de sa trame et sa mise en scène extraordinaire, est sans conteste l’un des chefs d’œuvre de la génération PlayStation 3 et il va sans dire que raconter une suite représentait un challenge très délicat.



ELLIE-BERTÉ

Ellie et Joel ont bien changé et sont désormais deux habitants lambda du camp de survivants. Au fil des années, la population s’est adaptée à un mode de vie plus confortable sans omettre le danger réel qui sommeille au-delà des gigantesques palissades de cette ville grouillante de monde. Avec ses us et coutumes et ses propres règles, The Last of Us Part II dépeint un quotidien qui est bien différent des épreuves traversées par Ellie et Joel dans le premier épisode. Au début du récit, on comprend que les rapports entre les deux amis sont paradoxaux, complexes et qu’aucun d’entre eux n’est vraiment sorti indemne de leurs précédentes pérégrinations. On découvre aussi que les survivants ont appris à vivre avec les infectés et que nos protagonistes se rient quasiment des monstres désormais. Sans révéler quoi que ce soit, on voit – par le biais de diverses séquences et flashbacks – l’évolution d’une Ellie se durcissant et se perfectionnant au maniement des armes. The Last of Us Part II, ce n’est pas une surprise, a une véritable approche cinématographique et met en lumière de très nombreux personnages qui auront tous une importance au sein du scénario. Naughty Dog a une faculté assez prodigieuse à façonner un univers qui nous parle. À l’intérieur du camp, on navigue dans un environnement plutôt joyeux, faisant la part belle aux animaux, à l’agriculture, au travail et au bon temps avec la présence de maisons, de serres, de plantations, de cordes de bois, d’illuminations, d’une auberge, d’échoppes et même d’un bar. Le tout est teinté d’innocence et les débuts du jeu sont particulièrement agréables avec la découverte des protagonistes inédits et de séances d’initiation qui remettent en valeur les différents pans du gameplay auxquels l’original nous a habitués.



ABBY ROAD

The Last of Us Part II est aussi l’occasion de mettre en avant une nouvelle protagoniste absolument extraordinaire : Abigail Anderson, que tout le monde surnomme Abby. Véritable armoire à glace, elle va concentrer toute la colère d’Ellie et transformer petit à petit le récit en une ode à la vengeance. Le script, d’une puissance assez folle, a cette grande force de ne jamais tomber dans la violence gratuite ou dans un manichéisme de bas étage. Chaque protagoniste aspire à une finalité et agit en réponse à des évènements du passé. En somme, ce sont des humains, meurtris, qui se battent pour une cause qu’ils estiment juste. Mais bien évidemment, la réalité est beaucoup plus complexe et modifiera leur trajectoire – sans qu’aucun ne change de but. Sur ces points, The Last of Us Part II est une formidable réussite, portée par des dialogues excellents, des doublages (français comme anglais) stupéfiants de justesse et une mise en scène redoutable. Le bestiaire du premier épisode a gagné en variété et ne se limite plus uniquement aux ennemis de base ou aux incontournables claqueurs. Naughty Dog n’a pas seulement repensé sa formule, il l’a sublimé. Ellie, Joel, Abigail et bien d’autres ont un panel de mouvements assez hallucinant qui permet d’agir en toute discrétion ou en optant pour la méthode forte. En matière de gameplay, il ne faut toutefois pas s’attendre à une révolution. Le champ d’action est riche mais demeure classique avec un arsenal plutôt complet, du ramassage de loot, de la recherche de collectibles et documents (qui participent à l’immersion dans cet univers), du crafting (plus complet et bien pensé) et de nombreuses séquences ne se résumant pas à des gunfights ou des chopes dans le dos des ennemis. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’écran-titre montre un bateau amarré… mais on vous laisse découvrir ça par vous-mêmes. Comme on peut l’imaginer, The Last of Us Part II se fait un malin plaisir à balancer les phases avec plusieurs personnages et une myriade de scripts (comme lors des combats avec des finish spectaculaires). Pas de doute, vous allez crapahuter, glisser, ramper dans les hautes herbes, grimper, nager, sauter ou encore vous faufiler, le tout en vous farcissant quelques jumpscares bien sentis. Il est d’ailleurs difficile de ne pas souligner la qualité globale de l’intelligence artificielle qui pourra mettre vos nerfs à rudes épreuves. Les ennemis, infectés comme humains, peuvent être redoutables en contournant leur cible et en utilisant le surnombre pour vous piéger. L’avantage, c’est que vos compagnons sont aussi bien plus efficaces pour vous épauler. Tout cet ensemble participe à une immersion qui nous frappe de bout en bout. Et frapper, le jeu le fait très mais alors très fort. La première partie se solde par une séquence qui donne le ton d’une aventure qui va s’étendre sur plusieurs dizaines d’heures. Et c’est d’ailleurs l’un des défauts, à notre sens, qui peut générer une certaine frustration.



DINA-BLASTER

The Last of Us Part II a été repoussé plusieurs fois. Selon Neil Druckmann, cela a permis à l’équipe d’ajouter de nouvelles scènes, des monstres inédits et de gonfler le nombre de cinématiques pour porter le récit à son summum. Dans les faits, c’est un saut qualitatif non négligeable et l’histoire prend son temps pour établir chaque pan de son script. Le problème, c’est que le scénario est tiré en longueur avec des phases de gameplay qui s’éternisent et qui posent un vrai problème dans le sens où on sent venir des évènements à des kilomètres. Heureusement, c’est loin d’être le cas pour tous les éléments de la trame, notamment avec les chapitres avec Abby, et la surprise demeure. Mais on ne peut s’empêcher de penser que le jeu aurait pu être moins long, moins étiré et qu’il pouvait conserver toute sa teneur sans multiplier les innombrables passages en lieux totalement fermés et sombres. Le jeu vidéo a bien mieux à offrir que ces foutues séquences de grottes, de parking ou d’hôpital sans lumière… qui font trop « jeu vidéo » justement. Inutile de dire que les combats en zones ouvertes sont beaucoup plus intéressants en matière d’approches (plus de possibilité pour se planquer, pour contourner, pour surprendre, etc.). On peut aussi tiquer sur le côté parfois surjoué d’Ellie qui devient, par moments, une véritable tête-à-claques aussi insupportable que charismatique. Bien évidemment, tous ces côtés sont assumés et chacun pourra avoir un ressenti différent vis-à-vis des protagonistes principaux. On comprend alors pourquoi Naughty Dog a instauré le personnage d’Abigail qui vient contrebalancer le sentiment de vengeance (même si ça peut surprendre au vu des premières heures) dépeint par Ellie durant toute l’aventure. Impossible également de ne pas citer le personnage de Dina, proche d’Ellie et qui instaure un sentiment de douceur malgré son expérience du combat. On aurait d’ailleurs aimé que certains protagonistes secondaires soient plus développés tant Naughty Dog maîtrise son sujet. À l’image de sa réalisation hallucinante.



VIOLENCE GRAPHIQUE

Le studio californien avait montré sa toute puissance avec Uncharted 4 mais The Last of Us Part II va encore plus loin dans le détail et le réalisme. Au-delà des modélisations dantesques, le jeu révèle des expressions faciales proprement à tomber par terre. Le mode photo est d’ailleurs un vrai bijou de créativité tant le contraste, les lumières, les effets (l’eau mes amis, l’eau est juste folle !) ou la météo sont parmi les plus impressionnants jamais vus. Les textures sont si photo-réalistes qu’on a véritablement le sentiment d’assister et de participer à un long-métrage. Chaque plan est quasiment un tableau à lui seul et on ne parle même pas des environnements somptueux et d’une variété assez incroyable. Neil Druckmann avait parlé de nombreux endroits à visiter et il n’a pas menti. Le nombre de lieux à découvrir est dingue et l’agréable surprise provient d’un level design qui va bien au-delà du simple couloir à suivre. Bref, techniquement, The Last of Us Part II est un prodige, ni plus, ni moins. Et cela vient appuyer le fait que développer un jeu sur une seule et unique plate-forme permet de pousser la machine dans ses derniers retranchements. On nous aurait montré The Last of Us Part II à la sortie de la PlayStation 4 en 2013, on ne l’aurait jamais cru. Cette impression est renforcée par un sound design à la hauteur des graphismes, des voix (on l’a déjà dit) extraordinaires et une musique, tout en suspension, très réussie. Gustavo Santaolalla a encore fait des miracles et l’équipe a d’ailleurs trouvé une belle astuce pour permettre aux joueurs de s’essayer à la guitare. De bout en bout, et à mesure que l’on progresse, on a du mal à imaginer tout le travail colossal de Naughty Dog qui réside derrière The Last of Us Part II. Titanesque, tout simplement titanesque et les cinq ans de développement sont largement compréhensibles. L’autre point sur lequel il faut absolument insister, et ça a d’ailleurs été fait par nos confrères, n’est autre que l’accessibilité du jeu pour les personnes souffrant d’handicaps. Il y a quelques années, un joueur a écrit une lettre au studio pour expliquer qu’il n’avait jamais pu terminer Uncharted 2. Cette missive a marqué toute l’équipe et elle a véritablement mis le paquet pour leur nouveau jeu. C’est simple, en la matière, The Last of Us Part II est tout simplement un modèle, une référence et une leçon donnée aux autres compagnies du jeu vidéo. Accessibilité motrice, visuelle, sonore… rien n’a été oublié ! Outre le fait de pouvoir paramétrer les touches comme bon vous semble, le titre multiplie les aides visuelles en répondant à trois types de daltonisme, en agrandissant l’interface, en proposant différents niveaux de contraste et même en disposant d’un mode loupe. Toute la partie audio a également fait l’objet d’ajustements pour s’adapter aux différents handicaps. Les joueurs peuvent ainsi profiter d’une assistance vocale qui fait penser au système utilisé dans Enemy Zero sur Saturn (l’héroïne utilise le son pour détecter des entités invisibles). Enfin, il y a plein d’options pour empêcher l’utilisateur de tomber d’un ravin, pour lui permettre de nager ou courir automatiquement, etc. Tout a été pensé dans le bon sens et on sent que ça n’a vraiment pas été pris à la légère. Clairement, c’est génial et il faut absolument que tout le monde suive cet exemple.


On va pouvoir s’arrêter. Même s’il ne chamboule pas nos habitudes en termes de gameplay et souffre de longueurs qui auraient pu être évitées, cela demeure un jeu d’exception et assurément l’une des merveilles de cette génération de machines. Les dernières séquences, notamment la toute dernière, va interpeler et pourrait ne pas plaire à tout le monde. Ce fut globalement le cas de votre serviteur qui aurait aimé que l’épilogue ne se contente pas d’une certaine facilité. Tout ça est évidemment du chipotage et The Last of Us Part II mérite un respect éternel. Certains le trouveront culte, d’autres non mais ce qui est sûr, c’est que c’est une œuvre majeure qui fera date. Encore une fois, bravo Naughty Dog !

VERDICT DU RÉDACTEUR : TRÈS BON

The Last of Us Part II nous aura fait languir mais il tient ses promesses. Une nouvelle fois, le studio de Evan Wells et Neil Druckmann frappe très fort sur le plan de la réalisation et laisse songeur quant aux futures avancées technologiques. En ce qui concerne le scénario, les personnages, la mise en scène et les innombrables séquences, le jeu est d’une richesse abyssale. Souffrant de longueurs un peu agaçantes et de choix à débats, il ne profite plus de l’effet de surprise mais parvient grâce à son extraordinaire propos à marquer les esprits. Trente heures d’une épopée qui feront date.

Points forts :

Un gameplay bien plus poussé
Des expressions criantes de réalisme
Des graphismes hallucinants
Un level design à montrer dans toutes les écoles
Une VF fantastique
Mise en scène remarquable
Le mélange émotionnel
Les options nombreuses d'accessibilité
Absence de manichéisme
L’écriture et les personnages d’Abby et Dina
Une variété visuelle dingue
L’audio à la hauteur du graphisme

Points faibles :

Des longueurs éprouvantes – surtout à la fin
Certains côtés « trop jeu vidéo »
Quelques personnages manquant de profondeur
Terminé l’effet de surprise
Une vengeance exacerbée sujette à débats

Éditeur : Sony – Développeur : Naughty Dog – Genre : Action/Infiltration – Date de sortie : 19 juin 2020 – Plate-forme : PlayStation 4