27 déc. 2020

Yakuza : Like a Dragon - Le réveil du Phoenix

Considérée comme une déclinaison spirituelle de Shenmue, la série Yakuza s’est imposée grâce à ses quartiers japonais – Kamurocho en tête – plus vrais que nature, ses personnages charismatiques et ses thématiques mêlant action, amour et humour. Dirigée par Toshihiro Nagoshi, figure historique de SEGA, la franchise s’est parfois permise des incartades temporelles en s’intéressant notamment à l’ère d’Edo (Kenzan, Ishin) ou en se muant en une espèce de survival-horror (Dead Souls). Pourtant, malgré tous les spin-off sortis jusqu’à maintenant, quelques voix commençaient à s’élever pour demander un renouvellement de la formule. L’équipe de développement a pris le problème à bras le corps et risque d’en surprendre plus d’un avec Yakuza : Like a Dragon. Déstabilisant et enivrant ! À condition de se laisser happer par ses combats… au tour par tour. 


L’histoire du très apprécié Kiryu Kazuma – Le Dragon de Dojima – étant bouclée, SEGA repart à zéro ou presque. Ce septième épisode canonique marque ainsi les débuts d’Ichiban Kasuga, un bleu de la famille Arakawa appartenant au clan Tojo, une puissante organisation mafieuse de Tokyo. Gauche et excentrique, le gamin voue un véritable culte au patriarche, Masumi Arakawa (campé par l’acteur japonais Kiichi Nakai), qui l’a tiré d’une mort certaine alors qu’il n’était qu’adolescent. De par son statut du « bas de l’échelle », Ichiban n’a pas la stature d’un capitaine et ne fait qu’effectuer des tâches subalternes comme, par exemple, des perceptions auprès des mauvais payeurs. Loyal et avec le cœur sur la main, le garçon est attachant et son rang du bas de l’échelle marque une rupture avec les derniers épisodes de la licence. Après une petite phase « préparatoire », l’histoire prend un tournant lorsque Arakawa, son mentor, se retrouve dans une mauvaise posture. Lui devant la vie, Ichiban accepte de plaider coupable pour un crime qu’il n’a pas commis et se retrouve pendant dix-huit années derrière les barreaux. De l’année 2001, le joueur est propulsé en 2019 (avec un passage assez amusant lorsque le personnage découvre le phénomène des smartphones et des selfies) et découvre que tout, absolument tout, a changé. Alors qu’il vient de passer près d’une vingtaine d’années à l’ombre, Ichiban est seul, rejeté par ses pairs et apprend que son patriarche tant aimé a pris une décision insensée. Le début d’un scénario spectaculaire, passionnant et surprenant.


L’honneur des hommes 


Sans dévier de la trajectoire tracée par les jeux Yakuza, Like a Dragon distille un ton plus léger mais tout aussi percutant que ses prédécesseurs. S’inspirant des codes de la mafia et des films de gangster, il exploite des protagonistes au caractère fort et joue avec les émotions. Sans révéler les moments fondateurs de l’intrigue, ce brave Ichiban va en voir des vertes et des pas mûrs et redémarrer une nouvelle vie avec les difficultés que cela représente. Ce qui marque, au-delà des individus complètement barrés, ce sont les situations qui laissent esquisser de larges sourires, notamment lorsque le héros fait référence à Dragon Quest (les combats prennent alors un air de RPG à l’ancienne) ou lorsque celui-ci enfourche une bicyclette pour ramasser des canettes dans la rue. La force de Yakuza : Like a Dragon, c’est de manier avec élégance des moments très sérieux à des évènements totalement déjantés. Entre deux missions, il est d’ailleurs toujours possible de flâner pour se taper un bon repas, prendre du bon temps, faire du kart, du golf, du karaoké ou se délecter de nombreux jeux d’arcade. Difficile d’ailleurs de se plaindre quand la sélection réunit Virtua Fighter 2, Virtua Fighter 5 Final Showdown, Space Harrier, Out Run, Fantasy Zone, Super Hang-On… et autres UFO Catchers. Il est même possible de pratiquer des jeux de carte ou des divertissements japonais/chinois ancestraux comme le Shogi ou le Mahjong. De quoi s’éclater avec des jeux dans le jeu ! Quant aux combats, ils vont probablement diviser.  


Le choix fatidique 


SEGA a fait le choix du combat au tour par tour. Au départ, il faut avouer que c’est vraiment déstabilisant car on ne peut plus se déplacer en temps réel pour choper les ennemis et leur coller une bonne rouste en s’aidant des éléments du décor (on peut toujours mais c’est plus compliqué). Là, tout le monde tape à tour de rôle avec un système qui fleure bon la stratégie. Il est possible de déclencher des actions automatiques mais ne plus avoir le contrôle lors des affrontements risque de vous faire sortir de l’ambiance. D’autant que les animations sont très dynamiques avec un impact bien présent et un rythme soutenu. Le jeu apprend en douceur à manier la « roue » des actions, comme le fait de parer au bon moment pour contre-attaquer ensuite. RPG oblige, les développeurs se sont appuyés sur des poncifs bien connus comme les objets de soin, de vitesse ou encore de puissance. Chaque personnage dispose également de coups surpuissants qui vont grignoter une jauge. On est donc en terrain connu mais quelques subtilités sont toutefois présentes. Ainsi, il est possible – à partir d’un certain moment de l’aventure – de faire appel à des Acolytes (de gros balèzes) qui viennent vous filer un coup de main et qui font office d’invocations. C’est complètement barré mais drôle. Et évidemment, les actions valent leur pesant de cacahuètes comme Nanba, le SDF qui utilise des pigeons pour porter certains coups. On vous laisse aussi découvrir les poses charnelles de l’hôtesse Saeko. C’est donc au gré de l’expérience que vous allez rencontrer des opposants de plus en plus résistants et il vous faudra faire quelques tours dans les menus pour booster les axes d’amélioration (style, passion, charisme…) de votre héros. On s’y fait assez vite même si ça ne plaira pas à tout le monde. Reste que ce côté innovant aurait pu être mis en avant sur le plan visuel. Et ce n’est pas vraiment le cas…  


Un moteur qui s’essouffle 


Il y a quelques temps, on a vu passer un certain Judgment sur PlayStation 4 et celui-ci avait, dans ses lumières et ses effets, quelque chose à part. Yakuza : Like a Dragon paraît moins spectaculaire et on sent que le moteur 3D de 2015, le Dragon Engine, arrive en bout de cycle. Ce n’est certainement pas moche mais certaines textures sont franchement fades et les graphismes sont inégaux. Indéniablement, le jeu est plus beau lorsque le soleil vient à se coucher et que Kamurocho s’illumine de mille feux. Les environnements sont en tout cas suffisamment détaillés pour ne pas trancher avec des personnages toujours superbement modélisés. Le jeu de SEGA souffle incontestablement le chaud et le froid (murs invisibles…) selon les moments mais il a le mérite de proposer plusieurs modes d’affichage, soit en 30 fps avec une résolution en 4K, soit en 60 fps avec une résolution moindre. À vous de voir ce que vous préférez mais il faut avouer que l’animation en 60 images par seconde est un confort non négligeable. Quoiqu’il en soit, le voyage vaut le détour pour son dépaysement (Kamurocho, Yokohama…) et il serait dommage de passer à coté à cause d’une technique perfectible.


VERDICT : TRÈS BON 


Pas facile de passer après Kazuma Kiryu mais Ichiban est un protagoniste qui en a sous le coude. Yakuza : Like a Dragon est, mine de rien, un sacré pari pour SEGA. Le choix du combat au tour par tour aurait pu être dévastateur mais les développeurs ont trouvé une formule intéressante sans renier le lore de la série Yakuza. Inégal sur le plan technique et visuel, le jeu se démarque par son dépaysement total et ses situations aussi burlesques que géniales. Rempli d’activités et de quêtes annexes, l’aventure – qui propose les excellents doublages japonais – offre un univers qui n’a aucun équivalent. Et rien que pour ça, il vaut le détour. Déstabilisant au départ, il se veut fédérateur et passionnant. 

Points forts : 

D’une richesse considérable
Les jeux d’arcade et activités annexes
Ichiban est génial
Doublages japonais et musiques au top
Un scénario puissant
Entre sérieux et burlesque 

Points faibles :
 
Visuel moins impressionnant que Judgment
Technique inégale
Mise en scène un peu fadasse
Dialogues parfois inutilement longs
Le tour par tour ne plaira pas à tout le monde 

Éditeur : SEGA – Développeur : SEGA – Genre : Jeu de rôle – Date de sortie : 10 novembre 2020 – Plateformes : PS4, PS5, Xbox (One, S, X), PC

24 déc. 2020

Godfall : Le domaine des dieux

Il est de ces jeux qui se bonifient à mesure que l’on progresse. En nous penchant sur le cas de Godfall, ce n’est pas vraiment ce à quoi on s’attendait et c’est pourtant le ressenti qui ressort après nos longues heures de jeu à dégommer des créatures rampantes et autres soldats solidement armés. Vu comme une vitrine technologique des capacités de la nouvelle génération, le protégé de Counterplay Games avait tout pour se borner à ses beaux graphismes. C’est d’ailleurs la sensation qui émerge lors du tutorial avant que celle-ci ne s’estompe grâce à un univers enchanteur et des combats aussi fracassants qu’efficaces. Un défouloir classique par sa direction (forcément un peu répétitive pour son approche beat’em up) mais surprenant. 


Du bourre-pif ! Voilà ce que propose Goldfall. Dans cette aventure en vue à la troisième personne, le joueur incarne un héros mythologique qui doit se débarrasser des sbires de de son frère, Macros, pour ensuite se confronter à son vis-à-vis familial. En clair, c’est le boxon et la fratrie est appelée à s’entredéchirer. Pour parvenir à ses fins, l’avatar va ainsi traverser d’immenses contrées pour défier les ignominies qui peuplent ces lieux. Corps-à-corps, utilisation de techniques à distance, sorts magiques… tous les moyens sont bons pour terrasser la vermine. Entre chaque exploration, le joueur se retrouve au cœur d’un HUB pour améliorer son équipement ou faire un briefing avec l’entité du coin. La construction est plutôt basique et repose sur une montée en puissance pour visiter des endroits infestés de créatures de plus en plus résistantes. Clairières pourpres, plaines alluviales, chutes prismatiques, caldeira de cobalt… les noms des niveaux sont idylliques et respirent la nature mais les préserver ne sera pas de tout repos. Pour vaincre Macros, le héros devra, par exemple, résister aux assauts incessants des ennemis dans une tour ou encore se rendre dans un endroit appelé le Repos du Leviathan. Charmant programme, n’est-il pas ?


Terres maudites

Godfall a été l’un des premiers jeux next-gen dévoilés et il porte forcément un poids. Par conséquent, il ne faut pas trop en attendre. Non pas qu’il soit mauvais (loin de là, on y reviendra) mais il n’a rien de plus qu’un titre de la génération précédente en termes de gameplay. On traverse des contrées, on cogne, on passe à une autre zone, on cogne et ainsi de suite. De temps à autre, on se lance dans une collectionnite pour ouvrir des coffres et récupérer des artefacts… et c’est à peu près tout. La mise en scène reste assez plate, les voix sont en anglais (avec des doubleurs qui semblent réciter des textes) et la progression est ultra répétitive. Il y a bien des téléporteurs pour varier un peu les déplacements mais il n’y a rien d’inédit dans la démarche. Et là, beaucoup quitteraient le test pour aller voir ailleurs en se disant que Godfall, décidément, n’a pas grand-chose à offrir. Si ça peut s’entendre, c’est aller un peu vite en besogne.


De réelles qualités

D’abord, la direction artistique du jeu, avec ses armures à la Saint Seiya et son approche mythologique, est très intéressante. L’ensemble est coloré, pêchu et donne un look très classe à des graphismes qui sont dignes des premiers titres entrevus sur next-gen. Le jeu est super beau, très flashy, presque « too much » avec sa myriade d’effets et de particules, mais c’est ce qui fait son charme. Ensuite, le gameplay est ultra dynamique. Les combinaisons sont nombreuses, le héros dispose de finish moves spectaculaires et on peut manipuler plusieurs armes et objets pour se défaire des belligérants. Les impacts sont bien rendus et les combats sont indéniablement une grande réussite. De quoi profiter pleinement du bestiaire ultra varié (70 modèles !). Pour terminer, l’interface offre un panel de possibilités intéressantes : équipement, armurerie, compétences, ressources… il est important d’équilibrer son inventaire pour réussir chacune des missions. Tout cet ensemble fait que le jeu est accrocheur et qu’on a envie de continuer pour découvrir les différents environnements. Et comme, en plus, on peut se faire la campagne jusqu’à 3 joueurs online…


VERDICT : BON


Godfall a peut-être moins d’aura que d’autres titres comme Spider-Man : Miles Morales ou Demon’s Souls mais il tient ses promesses en matière de beat’em up ou plutôt de Slasher Looter comme aiment l’appeler ses développeurs. Graphiquement impeccable, le jeu est certes répétitif mais dispose d’un gameplay dynamique aux combos dévastateurs. Malgré l’impression de répéter les mêmes actions, il donne l’envie de continuer pour obtenir les meilleures armes. C’est sans doute une œuvre que l’on retrouvera très rapidement en occasion et qui sera à dix balles dans les bacs des magasins spé dans un an mais il assure dans son domaine. Un jeu vraiment sympatoche.

Points forts :

Explosion visuelle
Gameplay avec du punch
La galerie de combos
Le bestiaire étendu
Les musiques
Un jeu qui s’assume

Points faibles :

Très répétitif, pas assez de variété dans les objectifs
Mise en scène ultra plate
Doubleurs peu motivés
Un scénario inutilement alambiqué

Éditeur : Gearbox Software – Développeur : Counterplay Games – Genre : Action – Date de sortie : 12 novembre 2020 – Plateforme : PlayStation 5

18 déc. 2020

Les jeux de course de fin 2020 : Entre fun et exigence !

L’année 2020 se termine en apothéose pour les fans de course automobile ! Que vous soyez plutôt simu ou arcade, plusieurs productions se sont démarquées ces dernières semaines ! Nous avons ainsi décidé de les réunir dans un article dédié en mettant les lumières les forces et faiblesses de chacune. Courses sur bitumes endiablées ou rallye, nos machines vont faire vrombir les moteurs. De Need for Speed Hot Pursuit – présenté dans sa version Remastered – à WRC 9 en passant par Dirt 5, nos Xbox Series X et PlayStation 5 ne seront pas de trop pour embellir les somptueux bolides lustrés ! Alors sans attendre, accrochez vos ceintures ! 





Née dans le cœur des années 1990, la série Need for Speed a vécu des fortunes diverses. D’abord portée au panthéon grâce à des épisodes fantastiques, elle a fini par rejoindre le garage des œuvres passe-partout. Ces derniers temps, la licence a carrément perdu de sa superbe et c’est donc avec une certaine curiosité que nous avons posé nos mains sur ce volet remastérisé de l’une des éditions les plus marquantes de cette dernière décennie. Il faut dire qu’avec Criterion Games aux commandes, il y avait peu de chances d’avoir une mauvaise surprise. Fondée en 1996, cette division, qui appartient désormais à Electronic Arts, est à l’origine de l’un des jeux de course les plus funs de tous les temps : Burnout ! En transposant l’esprit de Burnout à la saga Need for Speed, la franchise a retrouvé le feeling de ses débuts. Manette en mains, c’est un bonheur de foncer à plus de 250 km/h sur les routes américaines en semant les forces de l’ordre ou, au contraire, en poursuivant les fuyards. 


Fort d’une ambiance survoltée, Need for Speed Hot Pursuit est une ode à la tôle froissée, aux sorties de route spectaculaires et aux courses-poursuites haletantes. Toute l’âme du jeu repose sur cette capacité à nous mettre aux commandes de bolides ultra rapides (au nombre de 75, tous sous licence officielle), superbement modélisés, en traversant des contrées aussi sauvages que variées. Que l’on soit pilote clandestin ou policier, les sensations sont grisantes et on s’éclate à envoyer valser les concurrents ou les fuyards dans le décor. Avec son mode carrière efficace (on progresse en débloquant des véhicules et des portions de la carte) et ses courses/poursuites en ligne (le jeu est cross-plateforme), il ne manque finalement à Need for Speed Hot Pursuit que la possibilité de jouer à deux en simultané sur un même écran. C’est un crève-cœur de ne pouvoir accéder à un split screen alors que le concept du jeu était parfaitement adapté à des confrontations locales. Avec son mode qualité ou performances (4K/30fps – 1080p/60fps), Need for Speed Hot Pursuit n’a jamais été aussi propre et les nouveaux effets mettent en valeur les tracés et les voitures. Ce n’est pas renversant mais c’est plutôt joli et le gap visuel est tout de même plus prononcé que sur Un Burnout Remastered par exemple. En clair, l’excellent jeu de 2010 est de retour et plus en forme que jamais ! 



Verdict : GRISANT 






De la poussière, des paysages aussi beaux que sauvages, la nature à l’état pur… le rallye est décidément une discipline qui aspire à la liberté. Après un huitième épisode plutôt convaincant, Kylotonn revient avec une nouvelle édition pleine de promesses et placée sous le signe de la next-gen. Rallye oblige, on voit du pays ! Monte-Carlo, Suède, Mexique, Argentine, Portugal, Italie – Sardaigne, Kenya, Finlande, Nouvelle-Zélande, Turquie, Allemagne, Pays de Galles et Japon sont autant de destinations que le joueur va découvrir. Chaque spéciale comportant cinq tracés, ce n’est pas moins de 65 pistes qui sont proposées, dont les petites dernières du championnat officiel ! Les puristes apprécieront. En plus de ce contenu, WRC 9 a la bonne idée de s’appuyer sur le mode carrière entrevu dans le dernier volet. Menu réussi, progression efficace, système de messagerie, embauche des mécaniciens, arbre de compétences, paramétrages de la voiture… tout a été pensé de manière cohérente et on prend un certain plaisir à voyager de pays en pays en essayant différents bolides car tout s’enchaîne rapidement. 


Les compétiteurs, quant à eux, pourront se rabattre sur les défis ou encore le mode eSport pour révéler leurs capacités. Mais la nouveauté est à chercher du côté du Club System et ses championnats personnalisés. Le tout se déroule en ligne et chacun des participants peut effectuer les courses à son propre rythme. Il est toutefois dommage que l’interaction se limite aux classements, il aurait été possible d’envisager une astuce pour se retrouver sur la piste. En revanche, on ne peut qu’applaudir la présence du mode splitté qui permet à deux joueurs de se défier en local. L’autre joueur apparaît alors sous la forme d’un fantôme. En ce qui concerne la partie purement visuelle, WRC 9 s’en sort honorablement. Si certaines textures sont franchement fadasses, la 4K apporte une certaine authenticité aux lieux et les effets sont, dans l’ensemble, réussis. Les chargements sont également rapides sur next-gen, ce qui est une très bonne chose. Testé sur PlayStation 5, nous avons aussi pu profiter des fonctionnalités de la manette DualSense. De quoi renforcer l’immersion, surtout quand la pluie tombe et qu’elle vient se matérialiser dans le haut-parleur. Pour son entrée dans la nouvelle génération, le jeu de Kylotonn s’en sort pas mal. Assez exigeant – même si la difficulté est paramétrable – il a certes les atours d’une grosse mise à jour de l’épisode 8 mais se montre à son aise. Les amateurs du genre apprécieront.



Verdict : SOBRE ET EFFICACE





L’éditeur avait prévenu : Dirt 5 est un jeu résolument arcade et fun qui met de côté l’aspect simulation du quatrième épisode ou du 2.0. Pour cette nouvelle itération, les développeurs de Codemasters ont misé sur les couleurs flashy, le spectacle et les sensations. C’est un parti pris assumé et il est hors de question de lui espérer une sortie de route sous prétexte que sa philosophie a fait une volte-face. Dirt 5 fait ainsi la part belle au voyage en vous propulsant sur les tracés du Brésil, de l’Afrique du Sud ou encore de la Chine. Le dépaysant est varié et garanti ! En adéquation avec la direction artistique très colorée, le titre dégouline d’effets lumière classieux. Sur PlayStation 5 (la version testée), le rendu est franchement sympa mais ne cherche, à aucun moment, le photoréalisme. Par certains côtés, il rappelle l’excellent SEGA Rally du studio Sumo Digital. C’est beau, ça pète de partout et ça va vite, que demande le peuple ? Les sensations arcade vont de pair avec l’agressivité des concurrents et l’absence totale d’accidents. On a ici affaire aux bonnes grosses colissions qui tâchent mais qui n’ont comme conséquences que l’aspect esthétique de la caisse. Mention spéciale au passage pour le changement en temps réel de la météo ! 


Côté gameplay, la conduite s’avère agréable avec une grosse propension au drift. Le feeling est accrocheur et on dévore les courses sans voir le temps passer. Non pas que le mode carrière soit d’une grande originalité mais l’ambiance (la playlist est vraiment cool) campée par Troy Baker et Nolan North – pour les anglophones mais les voix sont aussi doublées en français – a quelque chose de fédérateur. Le Playground, reposant sur le partage d’épreuves et de circuits, fête son retour tout comme l’exigeant – mais tellement fun – Gymkhana et ses défis. Les pilotes en herbe pourront également montrer toute leur maîtrise du pilotage sur le net ou via le mode local en écran splitté (quel bonheur que ce dernier n’ait pas été oublié, au même titre que celui de WRC 9). Avec ses véhicules de différentes natures (voiture, 4x4, buggy…), son fun omniprésent et sa pêche sonore, Dirt 5 a vraiment tout de la bonne pioche pour les amoureux du genre arcade. Surtout si vous y jouez sur next-gen avec des temps de chargement ultra rapides. L’approche du studio divise mais celle-ci est assumée jusqu’au bout. En plus, la DualSense est mise à contribution sur PlayStation 5. Ce fils spirituel de SEGA Rally (version SEGA Racing Studio), de DriveClub et de Motorstorm a décidément de sérieux atouts ! 


Verdict : DÉLICIEUSEMENT FUN


11 déc. 2020

Demon's Souls : Le miroir des lames

Passé maîtres dans l’art du remake, notamment grâce à un Shadow of Colossus exceptionnel, les protégés de Bluepoint Games se sont attaqués à une montagne. En collaboration avec Japan Studio, les Texans d’Austin (petit clin d’œil au passage à mon cousin et sa famille qui y vivent) ont répondu à l’appel des fans pour faire renaître de ses cendres le très exigeant Demon’s Souls. Quand on connaît l’aura de From Software et sa saga King’s Field, on imagine sans mal toute la pression qui pesait sur les épaules des développeurs. Et une nouvelle fois, après nous avoir émerveillés avec la quête de Wanda et de son fidèle destrier Argo, les créateurs américains signent un sans-faute pour leur entrée sur le champ de bataille de la PlayStation 5. La première véritable claque next-gen ?


Qu’il est loin le temps où From Software, dans son petit bureau de Shibuya, exerçait dans le domaine des applications professionnelles et des logiciels de gestion. Il aura fallu d’une conférence de Sony en octobre 1993 pour que les dirigeants, déterminés à devenir pionniers dans les applications 3D, se décident à embrasser une carrière dans l’industrie du jeu vidéo. En découvrant la PlayStation, les intéressés ont compris que l’avenir était à la trois dimensions et aux expériences plongeant le joueur dans des mondes qui n’étaient que chimères. Il aura fallu du temps pour que le studio, célèbre pour ses licences King’s Field et Armored Core, soit pris au sérieux. Dirigée par le très inspiré Hidetaka Miyazaki, c’est en s’appuyant sur les fondations de King’s Field que l’entreprise s’est faite un nom avec deux œuvres canoniques : Dark Souls et Demon’s Souls. Si la première n’est plus à présenter avec ses différents épisodes, la seconde – encensée par la critique internationale – conserve une aura indescriptible et il en fallait du courage pour se lancer dans un tel projet. Et pourtant, dès le moment où on s’empare de la manette, la magie opère…


Le voyage de l’âme

Poisseux, ténébreux mais aussi imprégné d’un art morbide, Demon’s Souls se déroule dans le royaume de Bolétaria. Cette terre, jadis si prospère, est désormais emprisonnée par un épais brouillard et les âmes démoniaques. Afin de ramener un semblant de paix, le joueur incarne un héros – personnalisable – qui doit s’aventurer au sein de contrées hostiles, souillées par la soif de pouvoir irrépressible du roi Allant XII. Le monarque, avide de puissance, a plongé son propre royaume dans une torpeur cadavérique en libérant une entité monstrueuse et l’endroit est maintenant protégée par des gardiens qui n’attendent qu’une chose : vous terrasser. Comme l’original, l’aventure est exigeante et ne se dévoilera entièrement qu’aux plus courageux. Après un court périple servant de tutorial express, l’avatar est téléporté au sein du Nexus, un temple d’une beauté hypnotisante, à la croisée des mondes entre la vie et le trépas. Refuge d’âmes perdues, la bâtisse est un hub qui permet à la fois de rejoindre l’un des cinq mondes (composées de 4 zones) mais aussi d’acheter et d’optimiser votre équipement grâce au forgeron Boldwin. Comme une respiration à des combats qui ne laissent aucun répit.


La danse des phalanges

Demon’s Souls repose sur la stratégie et les patterns d’animation des ennemis. Pour s’en sortir, il est inutile de rentrer dans le tas en se disant que ça peut passer sur un malentendu. Le titre de From Software, remodelé par Bluepoint, impose sa difficulté et oblige le joueur à réfléchir à chacune de ses actions, un mauvais timing étant synonyme de blessure ou défaite. Pour se défaire des créatures démoniaques, il est indispensable de passer un certain temps dans le menu de création du personnage. Plusieurs catégories sont proposées (chasseur, voleur, noble, barbare…), chacune avec des spécificités en termes d’attaque, de défense, de résistance, de magie, etc. Le joueur peut ainsi façonner un combattant qui lui convient et se lancer dans la quête des âmes. C’est en effet en récupérant les âmes des hommes morts sur le champ de bataille (puis revenus à la vie sous la forme d’immondices putréfiées) que le héros peut booster son inventaire et récupérer des objets indispensables à sa longue et terrible aventure. Parmi ceux-ci se trouvent différentes herbes de soin mais aussi des artefacts permettant d’obtenir de petites aides salvatrices. Un anneau vous donnera, par exemple, plus de chance de récupérer du loot sur le corps des vaincus. Et croyez-le, il faudra tout ça – et même bien plus – pour résister à ce délicat périple. Porté par un level design labyrinthique exceptionnel (très Métroïdien dans l’esprit), Demon’s Souls demande un certain sens de l’orientation et jouit de fonctionnalités online astucieuses. Concrètement, le joueur peut, au gré de son voyage, lire les messages d’aide laissés par les autres aventuriers ou même s’appuyer sur les actions de ces derniers. Les fantômes de ces joueurs apparaissent alors et indiquent la marche à suivre pour réagir face à telle ou telle menace. Dans sa progression, dans cette envie de surpassement ou dans le souhait d’aider les autres (en laissant à son tour des messages), Demon’s Souls est incroyablement immersif et pousse véritablement à trouver différents leviers pour progresser et vaincre. Et avec ce remake, ce sentiment est décuplé.


Beauté morbide

Bluepoint est décidément capable de bien des prodiges. En plus de proposer une relecture du gameplay, le studio texan surprend avec une maîtrise exceptionnelle du hardware de la PlayStation 5. Demon’s Souls, dans son genre, est tout simplement magnifique et affiche des décors d’une beauté saisissante. Particules atmosphériques bluffantes, richesse des textures, lumières juste divines, densité hallucinante des environnements… chaque plan est une œuvre d’art qui laisse songeur quant aux futures productions. Avancer doucement dans la pénombre à la simple lumière des torches, se retrouver face à un dragon, être impressionné par le gigantisme et la magnificence extérieure du château… le joueur est constamment appelé à user du mode photo pour se faire plaisir et enregistrer des clichés aussi somptueux qu’emblématiques. Proposant deux modes (Cinématiques ou Performances – la différence se situant dans la fluidité ou la beauté du jeu), le jeu est plus moderne dans son approche et en sort grandi. Les animations ont aussi gagné en précision, les mouvements sont plus naturels et l’impact des coups s’avère plus prononcé. Le titre a également pour lui un sound design fantastique et des compositions orchestrales pénétrantes. Graphismes, sons, gameplay… Demon’s Souls transperce l’esprit et la quasi absence de chargements pousse à y retourner. Encore et encore.

VERDICT : FANTASTIQUE

Quel jeu ! En débutant sa série King’s Field il y a 25 ans, From Software était sans doute loin de s’imaginer que celle-ci accoucherait d’un remake aussi choyé. Les développeurs texans de Bluepoint ont accompli un petit miracle en remodelant intégralement le bijou de 2009. D’une beauté insolente, cette aventure signe le départ de cette nouvelle génération avec fracas. Les fans de l’original peuvent se procurer une PlayStation 5 les yeux fermés (enfin, quand celle-ci sera à dispo) afin de revivre une quête à la fois difficile et exigeante mais empreinte d’une atmosphère unique. Chef d’œuvre.

Points forts :

Pfiou, c’est quoi ces graphismes ?
Sound design et musiques déments
Exigeant mais tellement immersif
Un Demon’s Souls plus moderne
Direction artistique irréprochable
Gameplay remodelé
La première claque next-gen PS5

Points faibles :

DualSense pas vraiment exploitée
Euh…

Éditeur : Sony – Développeur : Bluepoint Games – Genre : Action/Aventure – Date de sortie : 19 novembre 2020 – Plateformes : PlayStation 5